OEDIPE, ACTE II, SCENE IV
Votre cœur m'est connu, vous avez eu ma foi, Et vous ne pouvez point être indigne de moi. Oubliez ces Thébains que les dieux abandonnent, Trop dignes de périr depuis qu'ils vous soupçonnent. Fuyez-moi, c'en est fait : nous nous aimions en
[vain; Les dieux vous réservaient un plus noble destin. Vous étiez né pour eux : leur sagesse profonde N'a pu fixer dans Thèbe un bras utile au monde, Ni souffrir que l'amour, remplissant ce grand cœur, Enchaînât près de moi votre obscure valeur. Non, d'un lien charmant le soin tendre et timide Ne doit point occuper le successeur d'Alcide: De toutes vos vertus comptable à leurs besoins, Ce n'est qu'aux malheureux que vous devez vos Déjà de tous côtés les tyrans reparaissent; [soins. Hercule est sous la tombe, et les monstres renais- Allez, libre des feux dont vous fûtes épris, [sent: Partez, rendez Hercule à l'univers surpris, [laisse. Seigneur, mon époux vient, souffrez que je vous Non que mon cœur troublé redoute sa faiblesse; Mais j'aurais trop peut-être à rougir devant vous, Puisque je vous aimais, et qu'il est mon époux.