‹ Théâtre completChapitre 385 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ZULIME, SÉRAME.

SÉRAME.

Remerciez le ciel, au comble des tourments, D'avoir longtemps perdu l'usage de vos sens; 11 vous a dérobé, propice en sa colère, Ce combat effrayant d'un amant et d'un père. ZULIME, jetée dans un fauteuil, et revenant de son évanouissement.

0 jour, tu luis encore à mes yeux alarmés, Qu'une éternelle nuit devrait avoir fermés ! 0 sommeil des douleurs ! mort douce et passagère : Seul moment de repos goûté dans ma misère ! Que n'es-tu plus durable? et pourquoi laisses-tu Rentrer encor la vie en ce cœur abattu?

(Se relevant.) Où suis-je? qu'a-t-on fait? ô crime! ô perfidie! Ramire va périr! quel monstre m'a trahie? J'ai tout fait, malheureuse ! et moi seule, en un jou r, J'ai bravé la nature et j'ai trahi l'amour. Quoi ! mon père, dis-tu, défend que je l'approche!

SÉRAME.

Plus le combat, madame, et le péril est proche, Plus il veut vous sauver de ces objets d'horreur, Qui, présentés de près à votre faible cœur, Et redoublant les maux dont l'excès vous dévore, Peut-être vous rendraient plus criminelle encore.

ZULIME

Qu'est devenu Ramire?

SÉRAME.

Ai-je donc pu songer, Dans ces malheurs communs, qu'à votre seul danger? Ai-je pu m'occuper que du mal qui vous tue?

ZULIME

Qu'est-ce qui s'est passé? quelle erreur m'a perdue? Ah! n'ai-je pas tantôt, dans mes transports jaloux, Des miens contre Ramire allumé le courroux? J'accusais mon amant; j'eus trop de violence; On m'a trop obéi : je meurs de ma vengeance. Va, cours, informe-toi des funestes effets Et des crimes nouveaux qu'ont produitsmes forfaits. Juste ciel! je partais, et sur la foi d'Atide! M'aurait-elle trahie? On m'arrête. Ah! perfide!... N'importe! apprends- moi tout, ne me déguise

[rien ; Rapporte-moi ma mort : va, cours, vole et revien.

SÉRAME.

Je vous laisse à regret dans ces horreurs mortelles.

ZULIME

Va, dis-je. Ah! j'en mérite encor de plus cruelles!

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