‹ Théâtre completChapitre 394 sur 1720 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

BÉNASSAR, ZULIME, suivie de ses soldats dans renfoncement, MOHADIR, suite.

ZULIME, jetant ses armes.

Non, n'allez pas plus loin, frappez; et vous, soldats, Laissez périr Zulime et ne la vengez pas. Il suffit : votre zèle a servi mon audace. J'ai mérité la mort, méritez votre grâce. Sortez, dis-je.

BÉNASSAR.

Ah! cruelle! est-ce toi que je voi?

ZULIME

Pour la dernière fois, seigneur, écoutez-moi-. Oui, cette fille indigne, et de crime enivrée, Vient d'armer contre vous sa main désespérée : J'allais vous arracher, au péril de vos jours, Ce déplorable objet de mes cruels amours. Oui, toutes les fureurs ont embrasé Zulime: La nature en tremblait; mais je volais au crime. Je vous vois : un regard a détruit mes fureurs, Le fer m'est échappé; je n'ai plus que des pleurs; Et ce cœur, tout brûlant d'amour et de colère, Tout forcené qu'il est, voit un dieu dans son père. Que ce dieu tonne enfin, qu'il frappe de ses coups L'objet, le seul objet d'un si juste courroux. Faut-il pour mes forfaits que Ramire périsse? Ah ! peut-être il est loin d'en être le complice ; Peut-être, pour combler l'horreur où je me voi, Si Ramire est un traître, il ne l'est qu'envers moi. Étouffez dans mon sang ce doute que j'abhorre, Qui déchire mes sens, qui vous outrage encore. J'idolâtre Ramire, et je ne puis, seigneur, Vivre un moment sans lui, ni vivre sans honneur. J'ai perdu mon amant, et mon père, et ma gloire : Perdez de tant d'erreurs la honteuse mémoire ; Arrachez-moi ce cœur que vous m'avez donné, De tous les cœurs, hélas ! le plus infortuné. Je baise cette main dont il faut que j'expire; Mais pour prix de mon sang, pardonnez à Ramire : Ayez cette pitié pour mon dernier moment, Et qu'au moins votre fille expire en vous aimant.

BÉNASSAR.

Ociel, qui l'entendez! ô faiblesse d'une père! Quoi ! ses pleurs à ce point fléchiraient ma colère! Me faudra-t-il les perdre ou les sauver tous deux? Faut-il, dans mon courroux, faire trois malheureux? Ciel, prête tes clartés à mon âme attendrie ! L'une est ma fille, hélas! l'autre a sauvé ma vie; La mort, la seule mort peut briser leurs liens. Gardes, que l'on m'amène et Ramire et les siens.

MOHADIR.

Seigneur, .vous la voyez à vos pieds éperdue, Soumise, désarmée, à vos ordres rendue; Vous l'avez trop aimée, hélas ! pour la punir. Mais on conduit Ramire, et je le vois venir.

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