ZULIME, ACTE V, SCÈNE III
Le temps de la clémence est passé pour jamais. Je vais, en punissant leurs fureurs insensées, Égaler ma justice à mes bontés passées.
MOHADIR.
Je frémis comme vous de tous ces attentats
Que l'amour fait commettreennos brûlants climats.
En tout lieu dangereux, il est ici terrible;
11 rend plus furieux, plus on est né sensible.
Ramire cependant, à ses erreurs livré,
De leurs cruels poisons semble moins enivré :
Vous-même l'avez dit, et j'ose le redire,
Que ce même ennemi, ce malheureux Ramire,
Est celui dont Je bras vous avait défendu;
Qu'il n'a point aujourd'hui démenti sa vertu;
Que vous l'avez vu même, en ce combat horrible,
Dans ces moments cruels où l'homme est inflexible,
Où ie.> yeux, les esprits, les sens, sont égarés,
Détourner loin de vous ses coups désespérés.
Respecter voire sang-, vous sauver, vous défendre,
El d'un bras assuré, d'un cri terrible et tendre,
Arrêter, désarmer ses amis emportés,
Qui levaient contre vous leurs bras ensanglantés.
Oui, j'ai vu le moment où, malgré sa colère,
Il semblait en effet combattre pour son père.
BÉNASSAR.
Ali! que n'a-t-il plutôt dans ce malheureux flanc Recherché, de ses mains, le reste de mon sang! nue ne l'a-t-il versé, puisqu'il le déshonore ! Mais ma cruelle fille est plus coupable encore.
cœur, en un seul jour à jamais égaré, Esl hardi dans sa honte, est faux, dénaturé ; Et, se précipitant d'abîmes en abîmes, Elle a contre son père accumulé les crimes. Que dis-je"? au moment môme où tu viens en son De tant d'iniquités implorer le pardon, [nom Son amour furieux la fait courir aux armes. Les suborneurs appas de ses trompeuses larmes Ont séduit les soldats à sa garde commis; Sa voix a rassemblé ses perfides amis.
Elle vient m'arracher son indigne conquête ; Les armes dans les mains, elle marche à leur tête. Cet amour insensé ne connaît plus de frein ; Zulime contre un père ose lever sa main ! Au comble de l'outrage on joint le parricide! Ah! courons, et nous-mème immolons la perfide.