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LE FANATISME, ACTE I, SCENE II

Allez, portez en pompe et servez à genoux L'idole dont le poids va vous écraser tous. Moi, je garde à ce tourbe une haine éternelle: De moncœur ulcéré la plaie est trop cruelle; Lui-même a contre moi trop de ressentiments. . Le cruel fit périr ma femme et mes enfants : Et moi, jusqu'en son camp j'ai porté le carnage. La mort de son fils même honora mon courage. Les flambeaux de la haine entre nous allumés Jamais des mains du temps ne seront consumés.

PHANOR

Ne les éteignez point, mais cachez-en la flamme; Immolez au public les douleurs de votre âme. Quand vous verrez ces lieux par ses mains ravagés, Vos malheureux enfants seront-ils mieux vengés? Vous avez tout perdu, fils, frère, épouse, fille: Ne perdez point l'État; c'est là votre famille.

ZOPIRE

On ne perd les États que par timidité.

PHANOR

On périt quelquefois par trop de fermeté.

ZOPIRE

Périssons, s'il le faut.

PHANOR

Ah! quel triste courage, Quand vous touchez au port, vous expose au nau- Le ciel, vous le voyez, a remis en vos mains [frage? De quoi fléchir encor ce tyran des humains. Cette jeune Palmire en ses camps élevée, Dans vos derniers combats par vous-même enlevée, Semble un ange de paix descendu parmi nous, Qui peut de Mahomet apaiser le courroux. Déjà par ses hérauts il l'a redemandée.

ZOPIRE

Tu veux qu'à ce barbare elle soit accordée? Tu veux que d'un si cher et si noble trésor Ses criminelles mains s'enrichissent encor? Quoi ! lorsqu'il nous apporte et la fraude et la guerre, Lorsque son bras enchaîne et ravage la terre, Les plus tendres appas brigueront sa faveur, Et la beauté sera le prix de la fureur ! Ce n'est pas qu'à mon âge, aux bornes de ma vie, Je porte à Mahomet une honteuse envie : Ce cœur triste et flétri que les ans ont glacé Ne peut sentir les feux d'un désir insensé. Mais soit qu'en tous les temps un objet né pour plaire Arrache de nos vœux l'hommage involontaire; Soit que, privé d'enfants, je cherche à dissiper Cette nuit de douleurs qui vient m'envelopper; Je ne sais quel penchant pour cette infortunée Remplit le vide affreux de mon âme étonnée. Soit faiblesse du raison, je ne puis sans horreur Lavoir aux mains d'un monstre, artisan de l'erreur. Je voudrais qu'à mes vœux heureusement docile, Elle-même en secret pût chérir cet asile; Je voudrais que son cœur, sensible à mes bienfaits. Détestât Mahomet autant que je le hais. Elle veut me parler sous ces sacrés portiques, Non loin de cet autel de nos dieux domestiques;

Elle \ient, et son front, siège de la candeur, Annonce en rougissant les vertus de son cœur.

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