LE FANATISME, ACTE I, SCÈNE IV
ZOPIRE
Tout vous est étranger! cet état peut-il plaire? Quoi! vous servez un maître et n'avez point de
[père?
Dans mon triste palais, seul et privé d'enfants, J'aurais pu voir en vous l'appui de mes vieux ans : Le soin de vous former des destins plus propices Eût adouci des miens les longues injustices. Mais non, vous abhorrez ma patrie et ma loi.
palm ire. [moi.
Comment puis-je être à vous? je ne suis point à Vous aurez mes regrets, votre bonté m'est chère; Mais enfin Mahomet m'a tenu lieu de père,
ZOPIRE
Quel père ! justes dieux ! lui? ce monstre imposteur !
PALMIRE
Ah! quels noms inouïs lui donnez-vous, seigneur! Lui, dans qui tant d'États adorent leur prophète! Lui, l'envoyé du ciel et son seul interprète !
ZOPIRE
Étrange aveuglement des malheureux mortels! Tout m'abandonne ici, pour dresser des autels A ce coupable heureux qu'épargna ma justice. Et qui courut au trône, échappé du supplice.
PALMIRE
Vous me faites frémir, seigneur; et, de mes jours, •le n'avais entendu ces horribles discours. Mon penchant, je l'avoue, et ma reconnaissance, Voua donnaient sur mon cœur une juste puissance ; Vos blasphèmes affreux contre mon protecteur A ce penchant si doux font succéder l'horreur.
ZOPIRE
0 superstition ! tes rigueurs inflexibles Privent d'humanité les cœurs les plus sensibles. Que je vous plains, Palmire ! et que sur vos erreurs Ma pitié, malgré moi, me fait verser de pleurs!
PALMIRE
El vous me refusez!
ZOPIRE
Oui. Je ne puis vous rendre AU tyran qui trompa ce cœur flexible et tendre ; Oui, je crois voir en vous un bien trop précieux, Qui me rend Mahomet encor plus odieux.