SÉIDE, PALMIRE
PALMIRE
Dansmaprison cruelle est-ce un dieu qui le guide? Mes maux sont-ils finis? te revois-jo, Séide?
SÉIDE
0 charme de ma vie et de tous mes malheurs! Palmire, unique objet qui m'a coûté des pleurs, Depuis ce jour de sang qu'un ennemi barbare, Près des camps du prophète, aux bords du Saïbare, Vint arracher sa proie à mes bras tout sanglants; Qu'étendu loin de toi suc des corps expirants, Mes cris mal entendus sur cette infâme rive Invoquèrent la mort sourde à ma voix plaintive, 0 ma chère Palmire, en quel gouffre d'horreur Tes périls et ma perte ont abîmé mon cœur! Que mes feux, que ma crainte, et mon impatience, Accusaient la lenteur des jours de la vengeance! Que je hâtais l'assaut si longtemps différé, (Vite heure de carnage, où, de sang enivré, Je devais de mes mains brûler la ville impie Où Palmire a pleuré sa liberté ravie ! Enfin de Mahomet les sublimes desseins, Que n'ose approfondir l'humble esprit des humains, Ont fait entrer Omar en ce lieu d'esclavage; Je l'apprends, et j'y vole. On demande un otage: J'entre, je me présente; on accepte ma foi,
Et je me rends captif ou je meurs avec toi.
PALMÎRE.
Séide, au moment môme, avant que ta présence Vint (h; mou désespoir calmer la violence, Je me jetais aux pieds de mon fier ravisseur. « Vous voyez, ai-je dit, les secrets de mon cœur. Ma vie est dans les camps dont vous m'avez tirée; Kendez-moi le seul bien dont je suis séparée. » Mes pleurs, en lui parlant, ont arrosé ses pieds; Ses refus ont saisi mes esprits effrayés. J'ai senti dans mes yeux la lumière obscurcie: Mon cœur sans mouvement, sans chaleur et sans vie, D'aucune ombre d'espoir n'était plus secouru ; Tout finissait pour moi, quand Séide a paru.
SÉIDE
Quel est donc ce mortel insensible à tes larmes?
PALMIRE
C'est Zopire : il semblait touché de mes alarmes;
Mais le cruel enfin vient de me déclarer
Que des lieux où je suis rien ne peut me tirer.
SÉJDE.
Le barbare se trompe; et Mahomet mon maître, Et l'invincible Omar, et moi-môme peut-être (Car j'ose me nommer après ces noms fameux, Pardonne à ton amant cet espoir orgueilleux), Nous briserons ta chaîne et tarirons tes larmes. Le Dieu de Mahomet, protecteur de nos armes, Le Dieu dont j'ai porté les sacrés étendards, Le Dieu qui de Médine a détruit les remparts, Renversera la Mecque à nos pieds abattue. Omar est dans la ville, et le peuple à sa vue N'a point fait éclater ce trouble et cette horreur Qu'inspire aux ennemis un ennemi vainqueur; Au nom de Mahomet un grand dessein l'amène.
PALMIRE
Mahomet nous chérit; il briserait ma chaîne; Il unirait nos cœurs; nos cœurs lui sont offerts : Mais il esl loin de nous et nous sommes aux fers.