LE FANATISME , ACTE III, SCÈNE XI
Souffre que ma maison soit Ion asile unique. Je réponds de tes jours; ils me sont précieux; Ne me refuse pas.
séide.
0 mon devoir! ô cieux!
Ah! Zopire! est-ce vous qui n'avez d'autre envie Que de me protéger, de veiller sur ma vie? Prêt h verser son sang, qu'ai-je ouï? qu'ai-je vu ? Pardonne, Mahomet, tout mon cœur s'est ému.
ZOPIRE
De ma pitié pour toi tu t'étonnes peut-être ; Mais enfin je suis homme, et c'est assez de l'être Pour aimer à donner des soins compatissants A des cœurs malheureux que l'on croit innocents. Exterminez, grands dieux, de la terre qù nous som-
[mes Quiconque avec plaisir répand le sang des hommes !
SÉIDE
Que ce langage est cher à mon cœur combattu! L'ennemi de mon Dieu connaît donc la vertu!
ZOPIRE
Tu la connais bien peu, puisque tu t'en étonnes. Mon fils, à quelle erreur, hélas! tu t'abandonnes! Ton esprit, fasciné par les lois d'un tyran, Pense que tout est crime hors d'être musulman. Cruellement docile aux leçons de ton maître, Tu m'avais en horreur avant de me connaître; Avec un joug de fer, un affreux préjugé Tient ton cœur innocent dans le piège engagé. Je pardonne aux erreurs où Mahomet t'entraîne ; Mais peux-tu croire un Dieu qui commande la hai-
séide. [ne ?
Ah! je sens qu'à ce Dieu je vais désobéir : Non, seigneur, non ; mon cœur ne saurait vous haïr.
ZOPIRE, ù part.
Hélas! plus je lui parle et plus il m'intéresse; Son âge, sa candeur, ont surpris ma tendresse. Se peut-il qu'un soldat de ce monstre imposteur Ait trouvé malgré lui le chemin de mon cœur?
(A Séide.) Quel es-tu? de quel sang les dieux t'ont-ils fait naî-
séide. [tre?
Je n'ai point de parents, seigneur, je n'ai qu'un mal- Que jusqu'à ce moment j'avais toujours servi, [tre, Mais qu'en vous écoutant ma faiblesse a trahi.
ZOPIRE
Quoi! tu ne connais point de qui tu tiens la vie?
séide. [trie :
Son camp fut mon berceau; son temple est mapa- Je n'en connais point d'autre ; et, parmi ces enfants Qu'en tribut à mon maître on offre tous les ans, Nul n'a plus que Séide éprouvé sa clémence.
ZOPIRE
Je ne puis le blâmer de sa reconnaissance. Oui. les bienfaits, Séide, ont des droits sur un cœur. Ciel! pourquoi Mahomet fut-il son bienfaiteur? Il t'a servi de père aussi bien qu'à Palmire : D'où'vientque tu frémis et que ton cœur soupire? Tu détournes de moi ton regard égaré;
De quelque grand remords tu semblés déchiré.
SÉIDE
Eh! qui n'en aurait pas dans ce jour effroyable! zopire. [pable.
Si tes remords sont vrais, ton cœur n'est plus cou- Viens, le sang va couler; je veux sauver le tien.
SÉIDE
Juste ciel! et c'est moi qui répandrais le sien! O serments! ô Palmire! ô vous, Dieu des vengeanzopire. . [ces!
Remets-toi dans mes mains; tremble, si tu balances; Pour la dernière fois, viens, ton sort en dépend.