‹ Théâtre completChapitre 433 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MAHOMET, OMAR

OMAR

Oui, de ce grand secret la trame est découverte; Ta gloire est en danger, la tombe est entrouverte. Séide obéira : mais avant que son cœur, Raffermi par ta voix, eût repris sa fureur, Séide a révélé cet horrible mystère.

MAHOMET

0 ciel!

OMAR

Hereide l'aime : il lui tient lieu de père.

MAHOMET

Eh bien! que pense Hereide?

OMAR

11 parait effrayé; 11 semble pour Zopire avoir quelque pitié.

MAHOMET

Hereide est faible; ami, le faible est bientôt traître. Qu'il tremble ! il est chargé du secret de son maître. Je sais comme on écarte un témoin dangereux. Suis-je eu tout obéi?

OMAR

J'ai fait ce que tu veux.

MAHOMET

Préparons donc le reste. 11 faut que dans une heure On nous traîne au supplice ou que Zopire meure. S'il meurt, c'en est assez; tout ce peuple éperdu Adorera mon Dieu qui m'aura défendu.

Voilà le premier pas; mais sitôt que Séide Aura rougi ses mains de ce grand homicide, Réponds-tu qu'au trépas Séide soit livré? Réponds-tu du poison qui lui fut préparé?

OMAR

N'en doute point.

MAHOMET

11 faut que nos mystères sombres Soient cachés dans la mort et couverts de ses om- Mais tout prêt àfrapper, prêt apercer le flanc [bres.

Dont Palmire a tiré la source de son sang, Prends soin de redoubler son heureuse ignorance : Épaississons la nuit qui voile sa naissance, [heur. Pour son propre intérêt, pour moi, pour mon bon- Mon triomphe en tout temps est fondé sur l'erreur. Elle naquit en vain de ce sang que j'abhorre : On ira point de parents alors qu'on les ignore. Les cris du sang, sa force et ses impressions, Des cœurs toujours trompés sont les illusions. La nature à mes yeux n'est rien que l'habitude; Celle de m'obéir fit son unique étude : Je lui tiens lieu de tout. Qu'elle passe en mes bras, Sur la cendre des siens, qu'elle ne connaît pas. Son cœur même en secret, ambitieux peut-être, Sentira quelque orgueil à captiver son maître. Mais déjà l'heure approche où Séide en ces lieux Doit m' immoler son père à l'aspect de ses dieux. Retirons-nous.

OMAR

Tu vois sa démarche égarée; De l'ardeur d'obéir son âme est dévorée.

Page 1