LE FANATISME, ACTE IV, SCENE IV
Ah ! quel cœur sait jamais s'il est juste ou coupable? Je me trompe, ou les coups sont portés cette fois: J'entends les cris plaintifs d'une mourante voix. Séide... hélas!
SÉIDE revient dhin air égaré.
Où suis-je? cl quelle voix m'appelle?
Je ne vois point Palmire ; un Dieu m'a privé d'elle.
PALMIRE
Eh quoi! méconnais-tu celle qui vit pour toi?
SÉIDE
Où sommes-nous?
PALMIRE
Eh bien! cette effroyable loi, Celle triste promesse est-elle enfin remplie?
SÉIDE
Que me dis-tu?
PALMIRE
Zopire a-t-il perdu la vie ?
SÉIDE
Qui? Zopire?
PALMIRE
Ah ! grand Dieu ! Dieu de sang al- Ne persécutez point son esprit égaré. [téré.
Fuyons d'ici.
SÉIDE
Je sens que mes genoux s'affaissent.
(// s'assied.)
Ah! je revois le jour et mes forces renaissent. Quoi ! c'est vous?
PALMIRE
Qu'as- tu fait?
SÉIDE, se relevant.
Moi ! je viens d'obéir..* D'un bras désespéré je viens de le saisir. Par ses cheveux blanchis j'ai traîné ma victime. 0 ciel! tu l'as voulu ! peux- tu vouloir un crime? Tremblant, saisi d'effroi, j'ai plongé dans son flanc Ce glaive consacré qui dut verser son sang. J'ai voulu redoubler; ce vieillard vénérable A jeté dans mes bras un cri si lamentable ! La nature a tracé dans ses regards mourants Un si grand caractère et des traits si touchants!... De tendresse et d'effroi mon âme s'est remplie, Et, plus mourant que lui, je déteste ma vie,
PALMIRE
Fuyons vers Mahomet qui doit nous protéger : Près de ce corps sanglant vous êtes en danger* Suivez-moi.
SÉ1DË.
Je ne puis. Je me meurs. Ah ! Palmire !.,.
PALMIRE
Quel trouble épouvantable à mes yeux le déchire !
SÉIDE, en pleurant.
Ah ! si tii l'avais vu, le poignard dans le sein,, S'attendrir à l'aspect de son lâche assassin ! Je fuyais. Croirais-tu que sa voix affaiblie Pour m'appeler encor a ranimé sa vie ? Il retirait ce fer de ses flancs malheureux. Hélas ! il m'observait d'un regard douloureux.