‹ Théâtre completChapitre 454 sur 1720 · MEROPE, ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

MEROPE, ACTE II, SCENE I

Je n'entends que trop bien ce silence si triste, Aux frontières d'Élide enfin n'a-t-on rien su?

EURYCLÈS.

On n'a rien découvert; et tout ce qu'on a vu, C'est un jeune étranger, de qui la main sanglante D'un meurtre encor récent paraissait dégouttante; Enchaîné par mon ordre, on l'amène au palais.

MÉROPE

Un meurtre ! un inconnu ! Qu'a-t-il fait, Euryclès? Quel sang a-t-il versé? Vous me glacez de crainte.

EURYCLÈS.

Triste effet de l'amour dont votre âme est atteinte ! Le moindre événement vous porte un coup mortel; Tout sert à déchirer ce cœur trop maternel; Tout fait parler en vous la voix de la nature. Mais de ce meurtrier la commune aventure N'a rien dont vos esprits doivent être agités. De crimes, de brigands, ces bords sont infectés: C'est le fruit malheureux de nos guerres civiles. La justice est sans force ; et nos champs et nos

[villes Redemandent aux dieux, trop longtemps négligés, Le sang des citoyens l'un par l'autre égorgés. Écartez des terreurs dont le poids vous afflige.

MÉROPE

Quel est cet inconnu? Répondez-moi, vous dis-je,

EURYCLÈS.

C'est un de ces mortels du sort abandonnés, Nourris dans la bassesse, aux travaux condamnés ; Un malheureux sans nom, si l'on croit l'apparence. mérope. [sence ;

N'importe, quel qu'il soit, qu'il vienne en ma pré- Le témoin le plus vil et les moindres clartés Nous montrent quelquefois de grandes vérités. Peut-être j'en crois trop le trouble qui me presse; Mais ayez-en pitié, respectez ma faiblesse : Mon cœur a tout à craindre et rien à négliger. Qu'il vienne, je le veux, je veux l'interroger.

EURYCLÈS.

(A Isménie. ) Vous serez obéie. Allez, et qu'on l'amène; Qu'il paraisse à l'instant aux regards de la reîrié.

MÉROPE

Je sens que je vais prendre un inutile soin. Mon désespoir m'aveugle; il m'emporte trop loin : Vous savez s'il est juste. On comble ma misère, On détrône le fils, on outrage la mère. Polyphonte, abusant de mon triste destin, Ose enfin s'oublier jusqu'à m'offrir sa main.

euryclès. [croire.

Yos malheurs sont plus grands que vous ne pouvez Je sais que cet hymen offense votre gloire ; Mais je vois qu'on l'exige, et le sort irrité Vous fait de cet opprobre une nécessité. C'est un cruel parti : mais c'est le seul peut-être Qui pourrait conserver le trône à son vrai maître. Tel est le sentiment des chefs et des soldats; Et l'on croit.,.

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