‹ Théâtre completChapitre 462 sur 1720 · SCÈNE I NARBAS · texte numérisé non relu

SCÈNE I NARBAS

0 douleur! ô regrets! ô vieillesse pesante! Je n'ai pu retenir cette fougue imprudente, Cette ardeur d'un héros, ce courage emporté, S'indignant dans mes bras de son obscurité. Je l'ai perdu! la mort me l'a ravi peut-être. De quel front aborder la mère de mon maître? Quels maux sont en ces lieux accumulés sur moi ! Je reviens sans Égisthe, et Polyphonte est roi ! Gel heureux artisan de fraudes et de crimes, Cet assassin farouche, entouré de victimes, Qui, nous persécutant de climats en climats, Sema partout la mort attachée à nos pas : Il règne; il affermit le trône qu'il profane ; Il y jouit en paix du ciel qui le condamne ! Dieux! cachez mon retour à ses yeux pénétrants; Dieux! dérobez Égisthe au fer de ses tyrans : Guidez-moi vers sa mère et qu'à ses pieds je meure. Je vois, je reconnais cette triste demeure Où le meilleur des rois a reçu le trépas, Où son fils tout sanglant fut sauvé dans mes bras. Hélas! après quinze ans d'exil et de misère, Je viens coûter encor des larmes à sa mère. A qui me déclarer? Je cherche dans ces lieux Quelque ami dont la main me conduise à ses yeux; Aucun ne se présente à ma débile vue.

Je vois près d'une tombe une foule éperdue : J'entends des cris plaintifs. Hélas! dans ce palais Un dieu persécuteur habite pour jamais.

Page 1