‹ Théâtre completChapitre 463 sur 1720 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

NARRAS, ISMÉNIE, dans le fond du théâtre où l'on découvre le tombeau de Cresphonte,

ISMÉNIE

Quel est cet inconnu dont la vue indiscrète

Ose troubler la peine et percer sa retraite? Est-ce de nos tyrans quelque ministre affreux, Dont l'œil vient épier les pleurs des malheureux?

NARBAS.

Oh! qui que vous soyez, excusez mon audace : C'est un infortuné qui demande une grâce. Il peut servir Mérope ; il voudrait lui parler.

ISMÉNIE

Ah! quel temps prenez-vous pour oser la troubler? Respectez la douleur d'une mère éperdue; Malheureux étranger, n'offensez point sa vue; Éloignez-vous.

NARBAS.

Hélas! au nom des dieux vengeurs, Accordez cette grâce à mon âge, à mes pleurs, Je ne suis point, madame, étranger dans Messène. Croyez, si vous servez, si vous aimez la reine, Que mon cœur, à son sort attaché comme vous, De sa longue infortune a senti tous les coups. Quelle est donc cette tombe en ces lieux élevée, Que j'ai vu de vos pleurs en ce moment lavée?

ISMÉNIE

C'est la tombe d'un roi des dieux abandonné, D'un héros, d'un époux, d'un père infortuné, De Cresphonte.

NARBAS, allant vers le tombeau.

O mon maître! ô cendres que j'adore !

ISMÉNIE

L'épouse de Cresphonte est plus à plaindre encore.

NARBAS.

Quels coups auraient comblé ses malheurs inouïs?

ISMÉNIE

Le coup le plus terrible; on a tué son fils.

NARBAS.

Son fils Égisthe, ô dieux! le malheureux Égisthe!

ISMÉNIE

Nul mortel en ces lieux n'ignore un sort si triste.

NARBAS.

Son fils ne serait plus?

ISMÉNIE

Un barbare assassin Aux portes de Messène a déchiré son sein.

NARBAS.

O désespoir! ô mort que ma crainte a prédite ! Il est assassiné? Mérope en est instruite? Ne vous trompez-vous pas ?

ISMÉNIE

Des signes trop certains Ont éclairé nos yeux sur ses affreux destins. C'est vous en dire assez; sa perte est assurée,

NARBAS.

Quel fruit de tant de soins!

ISMÉNIE

Au désespoir livrée, Mérope va mourir ; son courage est vaincu. Pour son fils seulement Mérope avait vécu : Des nœuds qui l'arrêtaient sa vie est dégagée ; Mais avant de mourir elle sera vengée.

Le sang de l'assassin par sa main doit couler ;

Au tombeau de Cresphonte elle doit l'immoler. Le roi, qui l'a permis, cherche à flatter sa peine; Un des siens en ces lieux doit aux pieds de la reine Amener à l'instant ce lâche meurtrier, Qu'au sang d'un fils si cher on va sacrifier. Mérope cependant, dans sa douleur profonde, Veut de ce lieu funeste écarter tout le monde.

NARBAS, s'en allant.

Hélas! s'il est ainsi, pourquoi me découvrir? Aux pieds de ce tombeau je n'ai plus qu'à mourir.

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