SCENE VI
MÉROPEj POLYPHONTE, ÉROX, ISMÈME,
SUITE
POLYPHONIE
Lu trône vous attend et les autels sont prêts; L'hymen qui va nous joindre unit nos intérêts. Comme roi, comme époux, le devoir me commande Que je venge le meurtre et que je vous défende. Deux complices déjà, par mon ordre saisis, Vont payer de leur sang le sang de votre fils. Mais, malgré tous mes soins, votre lente vengeance A bien mal secondé nia prompte vigilance. J'avais à votre bras remis cet assassin; Vous-même^ disiez-vm-. deviez percer son sein.
MEROPE.
Plût aux dieux que mon bras fût le vengeur du
polyphonie. [crime!
C'est le devoir des rois, c'est le soin qui m'anime.
mérope.
Vous ?
polyphonte.
Pourquoi donc, madame, avez-vous différé? Votre amour pour un fils serait-il altéré?
mérope.
Puissent ses ennemis périr dans les supplices! Mais si ce meurtrier, seigneur, a des complices; Si je pouvais par lui reconnaître le bras, Le bras dont mon époux a reçu le trépas.... Ceux dont la race impie a massacré le père Poursuivront à jamais et le fils et la mère. Si l'on pouvait...
polyphonte.
C'est là ce que je veux savoir; Et déjà le coupable est mis en mon pouvoir.
mérope.
11 est entre vos mains?
polyphonte.
Oui, madame, et j'espère Percer en lui parlant ce ténébreux mystère.
Ah ! barbare !... A moi seule il faut qu'il soit remis. Rendez-moi.... Vous savez que vous l'avez promis. (A part.)
0 mon sang! ô mon fils! quel sort on vous pré-
(A Polyphonie.) [pare.
Seigneur, ayez pitié....
POLYPHONTE
Quel transport vous égare!
Il mourra.
mérope.
Lui?
POLYPHONTE
Sa mort pourra vous consoler.
MÉROPE
Ali! je veux à l'instant le voir et lui parler.
POLYPHONTE
Ce mélange inouï d'horreur et de tendresse. Ces transports dont voire âme à peine est la mai- Ces discours commencés, ce visage interdit, [tre Pourraient de quelque ombrage alarmer mon esprit. Mais puis-je m'expliquer avec moins de contrainte? D'un déplaisir nouveau votre àme semble atteinte. Qu'a donc dit cevieillard que fou vient d'amener? Pourquoi fuit-il mes yeux? que dois-je en soup- Quel est-il ? [çonner.
MÉROPE
Eh! seigneur, à peine sur le trône, La crainte, le soupçon, déjà vous environne!
POLYPHONTE
Partagez donc ce trône : et, sur de mon bonheur Je verrai les soupçons exilés de mon cœur. L'autel attend déjà Mérope et Polyphonie*