‹ Théâtre completChapitre 5 sur 1720 · Desnoiresterres, Voltaire à Cirey, p · texte numérisé non relu

Desnoiresterres, Voltaire à Cirey, p

, 9. V. plus loin, p. 651-676.

10. Quand il se rappela cette pièce en 1769 et voulut la faire jouer-, il la nomma Ninon, et l'attribua d'abord à un jeune magistrat, puis finalement à l'abbé de Châteauneuf. ïhiriot et Lekain, qu'il en chargea, devaient, de l'aveu des parents de l'abbé, toucher tous les droits, s'ils parvenaient -à la faire jouer. Ils n'y parvinrent pas. D'Argental savait seul qu'elle était de lui. V. sa Correspondance de mars 1769 à juin 1770, avec Thiriot, d'Argental et Lekain.

11. Wonteil possédait le manuscrit en vers latins de 1 un de ces Amulius de collège. V. son Traité des matériaux manuscrits, t, 1,

12 « Voltaire a écrit des vers latins, qui ne sont pas bons, et de la prose latine qui ne vaut rien du tout, » dit M. Pierrou dans son excellent volume, Voltaire et ses maîtres, p. 196.

VOLTAIRE AU THÉÂTRE

ne valent pas de beaucoup ceux de son bon temps, mais ils valent presque ceux de sa

vieillesse !.

Le voilà déjà dans ce qui sera Tune des passions de son esprit. Par ses autres études, il se prépare de même à ses autres œuvres. Ecolier, il fait déjà, comme il le rappelait plus tard à l'abbé d'Olivet, son ancien régent2, tout ce qu'il fera dans la vie : de l'histoire, des vers, de la philosopbie. 11 n'est rien enfin qu'il n'apprenne chez ces savants jésuites. 11 y prend surtout le culte du beau, l'admiration des grands hommes. Le P. Tournemine, par exemple, ne se lasse pas de lui parler de Corneille3, dont Marcassus et les autres lui ont déjà tant parlé chez son père; il n'est pas de classe où il ne le lui donne à admirer.

Pourquoi ne s'en souvient-il plus, lorsque, sous prétexte d'éclairer les œuvres de l'auteur de Cinna, il fit ce long dénigrement, qu'il appela Commentaire sur Corneille*? Oubli et injustice qui ne lui furent que trop ordinaires et qui parfois se doublèrent d'une ingratitude. Ne fut-ce pas son fait ici même à l'égard de ses anciens maîtres? Après avoir souvent proclamé ce qu'il leur devait5, et s'être vu sur le point de devenir leur défenseur pour réfuter Pascal6; après avoir recherché avec ardeur, et obtenu avec ravissement leur admiration pour quelquesunes de ses œuvres les plus chères, telles que Mérope7; comment put-il arriver, contre leur société, à cet égarement, à cet emportement de haine, qui fut la rage de sa vieillesse, et qui alla jusqu'à lui faire écrire un jour cette phrase atroce, effroyable, de la part surtout d'un apôtre de la tolérance et d'un ennemi des auto-da-fé : « On me mande qu'on a enfin brûlé trois jésuites à Lisbonne. Ce sont là des nouvelles très-consolantes8. »

La facilité de travail merveilleuse, qu'il eut trop bien toute sa vie, pour ne l'avoir pas eue dès le collège, lui permettait d'être à la fois le plus distingué des élèves et le plus dissipé. Il charmait ses maîtres par ses devoirs toujours faits les premiers, et mieux que tous les autres, mais il les désespérait encore plus. Il prisait comme une vieille femme — de nos jours il aurait famé9, — il était gourmand comme une chatte10 et, ce qu'il resta longtemps, joueur comme les cartes n. Nous avons vu un livre de prix qu'il avait obtenu en rhétorique, et sur lequel il avait écrit en marge que « pour cinquante deux sols, » il l'avait « mis en otage12, » c'était pour jouer sans doute. Il y a pis : à treize ans, il recourait déjà aux usuriers. Pour le prêt de je ne sais quelle somme, il s'engageait à payer, quand il serait majeur, celle de cinq cents francs, sans doute de beaucoup supérieure, à une certaine femme Thomas, qui, le moment venu, le fit poursuivre, son billet en main, et le traqua jusqu'à Sully-sur- Loire où il était alors chez le seigneur du lieu13.

C'était en toutes choses, comme on voil,un enfant très-avancé.

Au mois d'août 4711, comme il n'avait guère que seize ans et demi, toutes ses études faites, il quittait le collège14, et peu après commençait son droit. C'est à quoi son père, qui voulait faire de lui un avocat du roi15, tenait le plus, mais à quoi lui-même tenait le moins. Il a dit que la façon dont on enseignait le droit, et les choses dont on le hérissait, empêchèrent qu'il y pût mordre16 : la vérité est qu'il n'eut pas ce goût, parce qu'il en avait de tout contraires. Au-,

1. Plusieurs fragments en ont été publiés en 1820, par M. Jacobsen, qui les avait trouvés clans les papiers de ïhiriot. Y. Pièces inédites de Voltaire, 1820, in-8, p. 13-18.

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