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OEDTPE, ACTE IV, SCÈNE IL

Quel fruit me revient-il de mes barbares soins? Mon malheureux époux n'en expira pas moins; Dans le cours triomphant de ses destins prospères Il fut assassiné par des mains étrangères : Ce ne fut point son fils qui lui porta ces coups; Et j'ai perdu mon fils sans sauver mon époux! Que cet exemple affreux puisse au moins vous instruire.

Bannissez cet effroi qu'un prêtre vous inspire; Profitez de ma faute, et calmez vos esprits.

OEDIPE

Après le grand secret que vous m'avez appris, Il est juste à mon tour que ma reconnaissance Fasse de mes destins l'horrible confidence. Lorsque vous aurez su, par ce triste entretien, Le rapport effrayant de votre sort au mien, Peut-être, ainsi que moi, frémirez-vous de crainte. Le destin m'a fait naître au trône de Corinthe: Cependant, de Corinthe et du trône éloigné, Je vois avec horreur les lieux où je suis né. Un jour (ce jour affreux, présent à ma pensée, Jette encor la terreur dans mon âme glacée), Pour la première fois, par un don solennel, Mes mains jeunes encore enrichissaient l'autel: Du temple tout à coup les combles s'entr'ouvrirent; De traits affreux de sang les marbres se couvri- De l'autel ébranlé par de longs tremblements [rent; Une invisible main repoussait mes présents; Et les vents, au milieu de la foudre éclatante, Portèrent jusqu'à moi cette voix effrayante : « Ne viens plus des lieux saints souiller la pureté; Du nombre des vivants les dieux t'ont rejeté; Ils ne reçoivent point tes offrandes impies. Va porter tes présents aux autels des Furies; Conjure leurs serpents prêts à te déchirer ; Va, ce sont là les dieux que tu dois implorer. » Tandis qu'à la frayeur j'abandonnais mon âme, Cette voix m'annonça, le croiriez-vous, madame? Tout l'assemblage affreux des forfaits inouïs Dont le ciel autrefois menaça votre fils, Me dit que je serais l'assassin de mon père.

Ah! dieux!

OEDIPE

Que je serais le mari de ma mère.

JOCASTE

Où suis-je ! Quel démon, en unissant nos cœurs, Cher prince, a pu dans nous rassembler tant oedipe. [d'horreurs?

11 n'est pas encor temps de répandre des larmes ; Vous apprendrez bientôt d'autres sujets d'alarmes. Écoutez-moi, madame, et vous allez trembler.

Du sein de ma patrie il fallut m'exiler. Je craignis que ma main, malgré moi criminelle, Aux destins ennemis ne fût un jour fidèle; Et, suspect à moi-même, à moi-même odieux, Ma vertu n'osa point lutter contre les dieux. Je m'arrachai des bras d'une mère éplorée ; Je partis, je courus de contrée en contrée;

Je déguisai partout ma naissance et mon nom: Un ami de mes pas fut le seul compagnon. Dans plus d'une aventure, en ce fatal voyage, Le dieu qui me guidait seconda mon courage: Heureux si j'avais pu, dans l'un de ces combats, Prévenir mon destin par un noble trépas! Mais je suis réservé sans doute au parricide. Enfin je me souviens qu'aux champs de la Phocide (Et je ne conçois pas par quel enchantement J'oubliais jusqu'ici ce grand événement; La main des dieux sur moi si longtemps suspendue Semble ôter le bandeau qu'ils mettaient sur ma

[vue), Daus un chemin étroit je trouvai deux guerriers Sur un char éclatant que traînaient deux coursiers. Il fallut disputer, dans cet étroit passage, Des vains honneurs du pas le frivole avantage. J'étais jeune et superbe, et nourri dans un rang Où Pon puisa toujours l'orgueil avec le sang. Inconnu, dans le sein d'une terre étrangère, Je me croyais encore au trône de mon père, Et tous ceux qu'à mes yeux le sort venait offrir Me semblaient mes sujets et faits pour m'obéir : Je marche donc vers eux, et ma main furieuse Arrête des coursiers la fougue impétueuse; Loin du char à l'instant ces guerriers élancés Avec fureur sur moi fondent à coups pressés. La victoire entre nous ne fut point incertaine : Dieux puissants, je ne sais si c'est faveur ou haine, Mais sans doute pour moi contre eux vous combat- Et l'un et l'autre enfin tombèrent à mes pieds, [tiez; L'un d'eux, il m'en souvient, déjà glacé par l'âge, Couché sur la poussière, observait mon visage; Il me tendit les bras, il voulut me parler; De ses yeux expirants je vis des pleurs couler : Moi-même en le perçant, je sentis dans mon âme, Tout vainqueur que j'étais... Vous frémissez, ma-

jocaste. [dame.

Seigneur, voici Phorbas, on le conduit ici.

oedipe.

Hélas! mon doute affreux va donc être éclairci!

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