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SÉM1RAMIS, ACTE IV, SCÈNE I

Fléchit ce cœur altier si longtemps indomptable. Ils m'ont ôté mon fils ; puissent-ils m'en donner Qui, dignes de me suivre et de vous gouverner, Marchant dans les sentiers que fraya mon courage, Des grandeurs de mon règne éternisent l'ouvrage! J'ai pu choisir, sans doute, entre des souverains; Mais ceux dont les États entourent mes confins Ou sont mes ennemis, ou sont mes tributaires : Mon sceptre n'est point fait pour leurs mains étrangères, Et mes premiers sujets sont plus grands à mes yeux Que tous ces rois vaincus par moi-môme ou par Bélus naquit sujet; s'il eut le diadème, Jeux. Il le dut à ce peuple, il le dut à lui-même. J'ai par les mêmes droits le sceptre que je tiens. Maîtresse d'un État plus vaste que les siens, J'ai rangé sous vos lois vingt peuples de l'aurore, Qu'au siècle de Bélus on ignorait encore. Tout ce qu'il entreprit je le sus achever. Ce qui fonde un État le peut seul conserver. Il vous faut un héros digne d'un tel empire, Digne de tels sujets, et, si j'ose le dire, Digne de cette main qui va le couronner, Et du cœur indompté que je vais lui donner. J'ai consulté les lois, les maîtres du tonnerre, L'intérêt de l'État, l'intérêt de la terre : Je fais le bien du monde en nommant un époux. Adorez le héros qui va régner sur vous; Voyez revivre en lui les princes de ma race. Ce héros, cet époux, ce monarque est Arzace.

{Elle descend du trône et tout le monde se lève.) AZÉMA.

Arzace ! ô perfidie !

ASSUR

O vengeance ! ô fureurs !

ARZACE, à Azéma.

Ah! croyez...

OROÈS.

Juste ciel! écartez ces horreurs!

SÉMIRAMIS, avançant sur la scène, et s adressant aux mages.

Vous, qui sanctifiez de si pures tendresses, Venez sur nos autels garantir nos promesses ; Kinus et Ninias vous sont rendus en lui.

(Le tonnerre gronde, ci le tombeau purall s'ébranler.) Ciell qu'est-ce que j'entends?

OROÈS.

Dieu! soyez notre appui.

SÉM1RAMIS.

Le ciel tonne sur nous : est-ce faveur ou haine? Grâce, dieux tout-puissants! qu' Arzace me l'ob-

[tienne.

Quels funèbres accents redoublent mes terreurs ! La tombe s'est ouverte : il paraît. .. Ciel! je meurs. .. (L'ombre de Nuius sort de son tombeau.) ASSUR.

L'ombre de Ninus même! ô dieux! est-il possible?

ABZACE.

Lhbieu? qu'ordonnes- tu I parle-nous, dieu terrible!

ASSUR

Parle.

SÉMIRAMIS

Veux-tu me perdre? ou veux-tu pardonner? C'est ton sceptre et ton lit que je viens de donner: Juge si ce héros est digne de ta place. Prononce ; j'y consens.

l'ombre, à Arzace.

Tu régneras, Arzace; Mais il est des forfaits que tu dois expier. Dans ma tombe, à ma cendre il faut sacrifier. Sers et mon fils et moi; souviens-toi de ton père: Écoute le pontife.

Ombre que je révère, Demi-dieu dont l'esprit anime ces climats, Ton aspect m'encourage et ne m'étonne pas. Oui, j'irai dans ta tombe au péril de ma vie. Achève; que veux-tu que ma main sacrifie?

(L'ombre retourne de son estrade ù la porte du tombeau.^ Il s'éloigne, il nous fuit!

SÉMIRAMIS

Ombre de mon époux, Permets qu'en ce tombeau j'embrasse tes genoux, Que mes regrets...

l'ombre, à la porte du tombeau.

Arrête, et respecte ma cendre ; Quand il en sera temps, je t'y ferai descendre.

(Le spectre rentre et le mausolée se referme.) ASSUR.

Quel horrible prodige !

SÉMIRAMIS

O peuples, suivez-moi; Venez tous dans ce temple et calmez votre effroi. Les mânes de Mnus ne sont point implacables; S'ils protègent Arzace, ils me sont favorables: [roi; C'est le ciel qui m'inspire et qui vous donne un Venez tous l'implorer pour Arzace et pour moi.

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