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SEMIRAMIS, ACTE IV, SCÈNE II

L'indigne souvenir de ton perfide amour. Je ne combattrai point la main qui te couronne, Les morts qui t'ont parlé, ton cœur qui m'aban-

[donne.

Des prodiges nouveaux qui me glacent d'effroi, Ta barbare inconstance est le plus grand pour moi. Achève; rends Ninus à ton crime propice; Commence ici par moi ton affreux sacrifice : Frappe, ingrat!

ARZACE.

C'en est trop : mon cœur désespéré Contre ces derniers traits n'était point préparé. Vous voyez trop, cruelle, à ma douleur profonde, Si ce cœur vous préfère à l'empire du monde. Ces victoires, ce nom, dont j'étais si jaloux, Vous en étiez l'objet : j'avais tout fait pour vous! Et mon ambition, au comble parvenue, Jusqu'à vous mériter avait porté sa vue. Sémiramis m'est chère; oui, je dois l'avouer: Votre bouche avec moi conspire à la louer. Nos yeux la regardaient comme un dieu tutélaire Qui de nos chastes feux protégeait le mystère. C'est avec cette ardeur et ces vœux épurés Que peut-être les dieux veulent être adorés. Jugez de ma surprise au choix qu'a fait la reine : Jugez du précipice où ce choix nous entraîne; Apprenez tout mon sort.

AZÉMA

Je le sais.

ARZACE.

Apprenez Que l'empire ni vous ne me sont destinés. Ce fils qu'il faut servir, ce fils de Ninus même, Cet unique héritier de la grandeur suprême...

azéma.

Eh bien?

ARZACE.

Ce Ninias, qui, presque en son berceau, De l'hymen avec vous alluma le flambeau, Qui naquit à la fois mon rival et mon maître...

azéma.

Ninias?

ARZACE.

Il respire, il vient, il va paraître.

azéma.

Ninias, juste ciel! Eh quoi! Sémiramis...

ARZACE.

Jusqu'à ce jour trompée elle a pleuré son fils.

AZÉMA

Ninias est vivant!

ARZACE .

C'est un secret encore Renfermé dans le temple et que la reine ignore.

Mais Ninus te couronne, et sa veuve est à toi.

ARZACE.

Mais son fils est à vous; mais son fils est mon roi ; Mais je dois le servir. Quel oracle funeste!

AZÉMA

L'amour parle, il suffit : que m'importe le reste? Ses ordres plus certains n'ont poiut d'obscurité : Voilà mon seul oracle, il doit être écouté. Ninias est vivant! Eh bien! qu'il reparaisse; Que sa mère à mes yeux attestant sa promesse, Que son père avec lui rappelé du tombeau, Rejoignent ces liens formés dans mon berceau; Que Ninias, mon roi, ton rival et ton maître, Ait pour moi tout l'amour que tu me dois peut-être : Viens voir tout cet amour devant toi confondu; Vois fouler à mes pieds le sceptre qui m'est dû. Où donc est Ninias? quel secret, quel mystère Le dérobe à ma vue et le cache à sa mère ? Qu'il revienne en un mot; lui, ni Sémiramis, Ni ces mânes sacrés que l'enfer a vomis, Ni le renversement de toute la nature, Ne pourront de mon âme arracher un parjure. Arzace, c'est à toi de te bien consulter; Vois si ton cœur m'égale et s'il m'ose imiter. Quels sont donc ces forfaits que l'enfer en furie, Que l'ombre de Ninus ordonne qu'on expie ? Cruel, si tu trahis un si sacré lien, Je ne connais ici de crime que le tien. Je vois de tes destins le fatal interprète, Pour te dicter leurs lois, sortir de sa retraite : Le malheureux amour dont tu trahis la foi N'est point fait pour paraître entre les dieux et toi. Va recevoir l'arrêt dont Ninus nous menace; Ton sort dépend des dieux, le mien dépend d'Arzace .

(Elle sort.)

Arzace est à vous seule. Ah ! cruelle ! arrêtez.

Quel mélange d'horreurs et de félicités !

Quels étonnants destins l'un à l'autre contraires !.. .

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