SCENE VIII
OROÈS, se mettant entré le tombeau et Ninias.
Sortez ; Venez purifier vos bras ensanglantés; Remettez dans mes mains ce glaive trop funeste, Cet aveugle instrument de la fureur céleste.
NINIAS, courant vers Sémiramis.
Ah ! cruels ! laissez-moi le plonger dans mon cœur.
OROÈS, tandis qu'on désarme Ninias.
Gardez de le laisser à sa propre fureur. SÉMIRAMIS, qu'on fait avancer et qu'on place sur un fauteuil. Viens me venger, mon fils : un monstre sanguinaire, Un traître, un sacrilège, assassine ta mère.
NINIAS
0 jour de la terreur! ô crimes inouïs! Ce sacrilège affreux, ce monstre, est votre fils. Au sein qui m'a nourri cette main s'est plongée, Je vous suis dans la tombe et vous serez vengée.
SÉMIRAMIS
Hélas! j'y descendis pour défendre tes jours. Ta malheureuse mère allait à ton secours... J'ai reçu de tes mains la mort qui m'était due.
NINIAS
Ah ! c'est le dernier trait à mon âme éperdue. J'atteste ici les dieux qui conduisaient mon bras, Ces dieux qui m'égaraient...
SEMIRAMIS
Mon fils, n'achève pas :
Je te pardonne tout, si, pour grâce dernière, Une si chère main ferme au moins ma paupière.
[Il se jette à genoux.) Viens, je te le demande, au nom du même sang Qui t'a donné la vie et qui sort de mon flanc. Ton cœur n'a pas sur moi conduit ta main cruelle. Quand Ninus expira, j'étais plus criminelle : J'en suis assez punie. 11 est donc des forfaits Que le courroux des dieux ne pardonne jamais ! Ninias, Azéma, que votre hymen efface L'opprobre dont mon crime a souillé votre race. D'une mère expirante approchez-vous tous deux; Donnez-moi votre main; vivez, régnez heureux : Cet espoir me console, il mêle quelque joie Aux horreurs de la mort où mon âme est en proie. Je la sens... elle vient... Songe à Sémiramis, [fils... Ne hais point sa mémoire : ô mon fils! mon cher C'en est fait.
OROÈS.
La lumière à ses yeux est ravie.
Secourez Ninias, prenez soin de sa vie. Par ce terrible exemple apprenez tous du moins Que les crimes secrets ont les dieux pour témoins. Plus le coupable est grand, plus grand estle supplice. Rois, tremblez sur le trône et craignez leur justice.