‹ Théâtre completChapitre 528 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

IPHISE, PAMMÈNE.

IPHISE.

Est-il vrai, cher Pammène, et ce lieu solitaire, Ce palais exécrable où languit ma misère, Me verra-t-il goûter la funeste douceur De mêler mes regrets aux larmes de ma sœur? La malheureuse Electre, à mes douleurs si chère, Vient-elle avec Égisthe au tombeau de mon père? Égisthe ordonne-t-il qu'en ces solennités Le sang d'Agamemnon paraisse à ses côtés? Serons-nous les témoins de la pompe inhumaine Qui célèbre le crime et que ce jour amène?

Ministre malheureux d'un temple abandonné, Du fond de ces déserts où je suis confiné, J'adresse au ciel des vœux pour le retour d'Oreste; Je pleure Agamemnon; j'ignore tout le reste. 0 respectable Iphise ! ô pur sang de mon roi ! Ce jour vient tous les ans répandre ici l'effroi. Les desseins d'une cour en horreurs si fertile Pénètrent rarement dans mon obscur asile. Mais on dit qu'en effet Égisthe soupçonneux Doit entraîner Electre à ces funèbres jeux; Qu'il ne souffrira plus qu'Electre en son absence Appelle par ses cris Argos à la vengeance. Il redoute sa plainte; il craint que tous les cœurs Ne réveillent leur haine au bruit de ses clameurs; Et, d'un œil vigilant épiant sa conduite, Il la traite en esclave et la traîne à sa suite.

IPHISE.

Ma sœur esclave î ô ciel ! ô sang d'Agamemnon ! Un barbare à ce point outrage encor ton nom ! Et Clytemnestre, hélas! cette mère cruelle, A permis cet affront, qui rejaillit sur elle!

PAMMENE.

Peut-être votre sœur avec moins de fierté Devait de son tyran braver l'autorité, Et, n'ayant contre lui que d'impuissantes armes, Mêler moins de reproche et d'orgueil à ses larmes. Qu'a produit sa fierté? que servent ses éclats? Elle irrite un barbare et ne nous venge pas.

IPHISE.

On m'a laissé, du moins, dans ce funeste asile, Un destin sans opprobre, un malheur plus tranquille. Mes mains peuvent d'un père honorer le tombeau, Loin de ses ennemis et loin de son bourreau : Dans ce séjour de sang, dans ce désert si triste, Je pleure en liberté, je hais en paix Égisthe. Je ne suis condamnée à l'horreur de le voir Que, lorsque rappelant le temps du désespoir, Le soleil à regret ramène la journée Où le ciel a permis ce barbare hyménée, Où ce monstre, enivré du sang du roi des rois, Où Clytemnestre....

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