‹ Théâtre completChapitre 530 sur 1720 · ORESTE, ACTE I, SCENE IL · texte numérisé non relu

ORESTE, ACTE I, SCENE IL

C'est du sang que je dois, c'est du sang que tu veux : C'est parmi les apprêts de tes indignes jeux, Dans ce cruel triomphe où mon tyran m'entraîne, Que, ranimant ma force et soulevant ma chaîne, Mon bras, mon faible bras osera l'égorger Au tombeau que sa rage ose encore outrager. Quoi! j'ai vu Clytemneslre, avec lui conjurée, Lever sur son époux sa main trop assurée ! Et nous sur le tyran nous suspendons des coups Que ma mère à mes yeux porta sur son époux! 0 douleur! ô vengeance! ô vertu qui m'animes, Pouvez-vous en ces lieux moins que n'ont pu les cri- Nous seules désormais devons-nous secourir : [mes? Craignez-vous de frapper? craignez-vous de mourir? Secondez de vos mains ma main désespérée; Fille de Clytemnestre et rejeton d'Atrée, Venez.

IPH1SE.

Ah ! modérez ces transports impuissants ; Commandez, chère Electre, au trouble de vos sens ; Contre nos ennemis nous n'avons que des larmes : Qui peut nous seconder? comment trouver des ar- Comment frapper un roi de gardes entouré, [mes ? Vigilant, soupçonneux, parle crime éclairé? Hélas! à nos regrets n'ajoutons point de craintes; Tremblez que le tyran n'ait écouté vos plaintes.

ELECTRE

Je veux qu'il les écoute ; oui, je veux dans son cœur Empoisonner sa joie, y porter ma douleur; Que mes cris jusqu'au ciel puissent se faire entendre; Qu'ils appellent la foudre et la fassent descendre : Qu'ils réveillent cent rois indignes de ce nom, Qui n'ont osé venger le sang d'Agamemnon. Je vous pardonne, hélas ! cette douleur captive, Ces faibles sentiments de votre âme craintive: Il vous ménage au moins. De son indigne loi Le joug appesanti n'est tombé que sur moi. Vous n'êtes point esclave, et d'opprobres nourrie, Vos yeux ne virent point ce parricide impie, Ces vêtements de mort, ces apprêts, ce festin; Ce festin détestable, où, le fer à la main, Clytemnestre... ma mère... Ah! cette horrible image Est présente à mes yeux, présente à mon courage. C'est là, c'est en ces lieux, où vous n'osez pleurer, Où vos ressentiments n'osent se déclarer, Que j'ai vu votre père, attiré dans le piège, Se débattre et tomber sous leur main sacrilège. Pammène, aux derniers cris, aux sanglots de ton roi, Je crois te voir encore accourir avec moi ; J'arrive. Quel objet ! une femme en furie Recherchait dans son flanc les restes de sa vie. Tu vis mon cher Oreste enlevé dans mes bras, Entouré des dangers qu'il ne connaissait pas, Près du corps tout sanglant de son malheureux A son secours encore il appelait sa mère, [père ; Clytemnestre, appuyant mes soins officieux. Sur ma tendre pitié daigna fermer les yeux ; Et, s'arrêtant du moins au milieu de son crime, Nous laissa loin d'Egisthe emporter la victime.

Oreste, dans ton sang consommant sa fureur, Égisthe a-t-il détruit l'objet de sa terreur? Es-tu vivant encore? as-tu suivi ton père? Je pleure Agamemnon; je tremble pour un frère. Mes mains portent des fers, et mes yeux pleins de

[pleurs N'ont vu que des forfaits et des persécuteurs.

PAMMÈNE.

Filles d'Agamemnon, race divine et chère Dont j'ai vu la splendeur et l'horrible misère Permettez que ma voix puisse encore en vous deux Réveiller cet espoir qui reste aux malheureux. Avez -vous donc des dieux oublié les promesses? Avez-vous oublié que leurs mains vengeresses Doivent conduire Oreste en cet affreux séjour, Où sa sœur avec moi lui conserva le jour? Qu'il doit punir Égisthe au lieu même où vous êtes, Sur ce même tombeau, dans ces mêmes retraites, Dans ces jours de triomphe, où son lâche assassin Insulte encore au roi dont il perça le sein? La parole des dieux n'est point vaine et trompeuse; Leurs desseins sont couverts d'une nuit ténébreuse; La peine suit le crime : elle arrive à pas lents.

ELECTRE

Dieux, qui la préparez, que vous tardez longtemps !

IPH1SE.

Vous le voyez, Pammène, Égisthe renouvelle De son hymen sanglant la pompe criminelle.

ELECTRE

Et mon frère, exilé de déserts en déserts, Semble oublier son père et négliger mes fers.

pammÈxNe. [l'âge

Comptez les temps; voyez qu'il touche à peine Où la force commence à se joindre au courage : Espérez son retour, espérez dans les dieux.

ELECTRE. [yeUX.

Sage et prudent vieillard, oui, vous m'ouvrez les Pardonnez à mon trouble, à mon impatience ; Hélas ! vous me rendez un rayon d'espérance. Qui pourrait de ces dieux encenser les autels, S'ils voyaient sans pitié les malheurs des mortels, Si le crime insolent, dans son heureuse ivresse, Écrasait à loisir l'innocente faiblesse?

Dieux, vous rendrez Oreste aux larmes de sa sœur : Votre bras suspendu frappera l'oppresseur. Oreste! entends ma voix, celle de ta patrie, Celle du sang versé qui t'appelle et qui crie : Viens du fond des déserts, où tu fus élevé, Où les maux exerçaient ton courage éprouvé ! Aux monstres des forêts ton bras fait-il la guerre ? C'est aux monstres d'Argos, aux tyrans de la terre, Aux meurtriers des rois que tu dois t'adresser : Viens, qu'Electre te guide au sein qu'il faut percer.

IPH1SE.

Renfermez ces douleurs et cette plainte amère; Votre mère parait.

ELECTRE

Ai-je encore une mère!

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