SCÈNE V
ÈGISTHE, CLYTEMNESTRE.
CLYTEMNESTRE
Ah ! trop cruel Égisthe, où guidiez-vous mes pas ? Pourquoi revoir ces lieux consacrés au trépas?
ÉGISTHE
Quoi ! ces solennités qui vous étaient si chères, Ces gages renaissants de nos destins prospères, Deviendraient à vos yeux des objets de terreur! Ce jour de notre hymen est-il un jour d'horreur?
CLYTEMNESTRE. [table.
Non; mais ce lieu peut-être est pour nous redou- ' Ma famille y répand une horreur qui m'accable. A des tourments nouveaux tous mes sens sont ou- Iphise dans les pleurs, Electre dans les fers, [verts : Du sang versé par nous cette demeure empreinte, Oreste, Agamcmnon, tout me remplit de crainte.
ÉGISTHE
Laissez gémir Iphise, et vous ressouvenez Qu'après tous nos affronts, trop longtemps pardon- L'impétueuse Electre a mérité l'outrage [nés,
Dont j'humilie enfin cet orgueilleux courage. Je la traîne enchaînée, et je ne prétends pas Que, de ses cris plaintifs alarmant mes États,
Dans Argos désormais sa dangereuse audace Ose des dieux sur nous rappeler la menace, D'Oreste aux mécontents promettre le retour. On n'en parle que trop; et, depuis plus d'un jour, Partout le nom d'Oreste a blessé mon oreille, Et ma juste colère à ce bruit se réveille.
CLYTEMNESTRE
Quel nom prononcez-vous ? tout mon cœur en fré- On prétend qu'en secret un oracle a prédit [mit. Qu'un jour, en ce lieu môme où mon destin me Il porterait sur nous une main parricide, [guide, Pourquoi tenter les dieux? pourquoi vous présenter Aux coups qu'il vous faut craindre et qu'on peut égisthe. [éviter?
Ne craignez rien d'Oreste: il est vrai qu'il respire; Mais, loin que dans le piège Oreste nous attire, Lui-môme à ma poursuite il ne peut échapper. Déjà de toutes parts j'ai su l'envelopper. Errant et poursuivi de rivage en rivage, Il promène en tremblant son impuissante rage; Aux forets d'Épidaure il s'est enfin caché. D'Épidaure en secret le roi m'est attaché. Plus que vous ne pensez on prend notre défense.
CLYTEMNESTRE
Mais quoi! mon fils...
ÉGISTHE
Je sais quelle est sa violence; Il est fier, implacable, aigri par son malheur; Digne du sang d'Atrée, il en a la fureur.
CLYTEMNESTRE
Ah! seigneur ! elle est juste.
Il faut la rendre vaine.
Vous savez qu'en secret j'ai fait partir Plistène : Il est dans Épidaure.
CLYTEMNESTRE
A quel dessein ? pourquoi ?
ÉGISTHE
Pour assurer mon trône et calmer votre effroi. Oui, Plistène, mon fils, adopté par vous-même, L'héritier de mon nom et de mon diadème, Est trop intéressé, madame, à détourner Des périls que toujours vous voulez soupçonner. Il vous tient lieu de fils, n'en connaissez plus d'au- Yous savez, pour unir ma famille et la vôtre, [tre. Qu'Electre eût pu prétendre à l'hymen de mon fils, Si son cœur à vos lois eût été plus soumis, Si vos soins avaient pu fléchir son caractère : Mais je punis la sœur et je cherche le frère ; Plistène me seconde : en un mot, il vous sert. Notre ennemi commun sans doute est découvert. Vous frémissez, madame ?
CLYTEMNESTRE
0 nouvelles victimes !
Ne puis-je respirer qu'à force de grands crimes? Lgisthe, vous savez qui j'ai privé du jour... Le fils que j'ai nourri périrait à son tour ! Ah ! de mes jours usés le déplorable reste Doit-il être acheté par un prix si funeste?