ORESTE, ACTE II, SCENE I
Songez...
CLYTEMNESTRE
Souffrez du moins que j'implore une fois Ce ciel dont si longtemps j'ai méprisé les lois.
ÉGISTHE
Voulez-vous qu'à mes vœux il mette des obstacles? Qu'attendez-vous ici du ciel et des oracles? Au jour de notre hymen furent-ils écoutés ?
CLYTEMNESTRE
Vous rappelez des temps dont ils sont irrités.
De mon cœur étonné vous voyez le tumulte.
L'amour brava les dieux, la crainte les consulte.
N'insultez point, seigneur, à mes sens affaiblis.
Le temps, qui change tout, a changé mes esprits;
Et peut-être des dieux la main appesantie
Se plaît à subjuguer ma fierté démentie.
Je ne sens plus en moi ce courage emporté,
Qu'en ce palais sanglant j'avais trop écouté.
Ce n'est pas que pour vous mon amitié s'altère :
Il n'est point d'intérêt que mon cœur vous préfère;
Mais une fille esclave, un fils abandonné,
Un fils mon ennemi, peut-être assassiné,
Et qui, s'il est vivant, me condamne et m'abhorre;
L'idée en est horrible, et je suis mère encore.
ÉGISTHE
Vous êtes mon épouse, et surtout vous régnez. Rappelez Clytemnestre à mes yeux indignés. Écoutez-vous du sang le dangereux murmure Pour des enfants ingrats qui bravent la nature ? Venez : notre repos doit sur eux l'emporter.
CLYTEMNESTRE
Du repos dans le crime ! ah ! qui peut s'en flatter?