ORESTE, ACTE III, SCÈNE II
Aurait osé braver ce tyran redoutable?
C'est Oreste sans doute; il en est seul capable : C'est lui, le ciel l'envoie; il m'en daigne avertir. C'est l'éclair qui parait, la foudre va partir.
Electre. [un piège
Je vous crois; j'attends tout; mais n'est-ce point Que tend de mon tyran la fourbe sacrilège? Allons : de mon bonheur il me faut assurer. Ces étrangers... Courons: mon cœur va m'éclairer.
IPHISE.
Pammène m'avertit, Pammène nous conjure De ne point approcher de sa retraite obscure. Il y va de ses jours.
ELECTRE
Ah! que m'avez-vous dit?
Non; vous êtes trompée et le ciel nous trahit. Mon frère, après seize ans, rendu dans sa patrie. Eût volé dans les bras qui sauvèrent sa vie ; 11 eut porté la joie à ce cœur désolé ; Loin de vous fuir, Iphise, il vous aurait parlé. Ce fer vous rassurait et j'en suis alarmée. Une mère cruelle est trop bien informée. J'ai cru voir et j'ai vu dans -ses yeux interdits Le barbare plaisir d'avoir perdu son fils. N'importe, je conserve un reste d'espérance : Ne m'abandonnez pas, ô dieux de la vengeance! Pammène à mes transports pourra-t-il résister? 11 faut qu'il parle : allons, rien ne peut m'arrêter. iphise. [ble
Vous vous perdez; songez qu'un maître impitoya- Nous obsède, nous suit d'un œil inévitable. Si mon frère est venu, nous Talions découvrir ; Ma sœur, en lui parlant, nous le faisons périr : Et si ce n'est pas lui, notre recherche vaine Irrite nos tyrans, met en danger Pammène. Je revole au tombeau que je puis honorer : Clytemnestre du moins m'a permis d'y pleurer. Cet étranger, ma sœur, y peut paraître encore : C'est un asile sur; et ce ciel que j'implore, Ce ciel, dont votre audace accuse les rigueurs, Pourra le rendre encore à vos cris, à mes pleurs. Venez.
ELECTRE
De quel espoir ma douleur est suivie ! Ah! si vous me trompez, vous m'arrachez la \ie.