‹ Théâtre completChapitre 544 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ORESTE, PYLADE

(Un esclave porte une urne, et un autre une épée.)

PYLADE

Quoi ! verrai-je toujours ta grande âme égarée Souffrir tous les tourments des descendants d'Atrée?

De l'attendrissement passer à la fureur?

ORESTE

C'est le destin d'Oreste ; il est né pour l'horreur. J'étais dans ce tombeau, lorsque ton œil fidèle Veillait sur ces dépôts confiés à ton zèle: J'appelais en secret ces mânes indignés; Je leur offrais mes dons, de mes larmes baignés. Une femme, vers moi courant désespérée, Avec des cris affreux dans la tombe est entrée, Comme si, dans ces lieux qu'habite la terreur, Elle eût fui sous les coups de quelque dieu vengeur. Elle a jeté sur moi sa vue épouvantée ; Elle a voulu parler, sa voix s'est arrêtée. J'ai vu soudain, j'ai vu les filles de l'enfer Sortir, entre elle et moi, de l'abîme entr'ouvert. Leurs serpents, leurs flambeaux, leur voix sombre

[et terrible, M'inspiraient un transport inconcevable, horrible, Une fureur atroce; et je sentais ma main Se lever, malgré moi, prête à percer son sein : Ma raison s'enfuyait de mon âme éperdue, [vue, Cette femme, en tremblant, s'est soustraite à ma Sans s'adresser aux dieux et sans les honorer : Elle semblait les craindre et non les adorer. Plus loin, versant des pleurs, une fille timide, Sur la tombe et sur moi fixant un œil avide, D'Oreste, en gémissant, a prononcé le nom.

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