ORESTE, ACTE IV, SCÈXE III
Or lui dit que les dieux, de Tantale ennemis, Frappaient en même temps les derniers de ses fils. Peut-être que le ciel,, qui pour nous se déclare, Répand l'aveuglement sur les yeux du barbare. Mais tu vois ce tombeau si cher à ma douleur : Ma main l'avait chargé démon glaive vengeur; Ce fer est enlevé par des mains sacrilèges. L'asile de la mort n'a plus de privilèges. Et je crains que ce glaive, à mon tyran porté, Ne lui donne sur nous quelque affreuse clarté. Précipitons l'instant où je veux le surprendre.
PYLADE
Pammène veille à tout; sans doute il faut l'attendre. Dès que nous aurons vu, dans ces bois écartés, Le peu de vos sujets à vous suivre excités, Par trois divers chemins retrouvons-nousensemble, Non[loin de cette tombe, au lieu qui nous rassemble.
ORESTE
Allons... Pylade, ah! ciel! ah! trop barbare loi! Ma rigueur assassine uri cœur qui vit pour moi! Quoi! j'abandonne Electre à sa douleur mortelle!
PYLADE
Tu l'as juré, poursuis et ne redoute qu'elle. Electre peut te perdre et ne peut te servir; Les yeux de tes tyrans sont tout prêts de s'ouvrir: Renferme cette amour et si sainte et si pure, [ture? Doit-on craindre en ces lieux de dompter la na- Ah! de quels sentiments te lais>es-tu troubler? Il faut venger Electre et non la consoler.
ORESTE
Pylade, elle s'avance et me cherche peut-être.
PYLADE
Ses pas sont épiés; garde-toi de paraître. Va, j'observerai tout avec empressement : Les yeux de l'amitié se trompent rarement.