SCÈNE V
ELECTRE, dans le fond; ORESTE, d'un autre côté.
ORESTE
Où suis-je! C'est ici qu'on adressa mes pas. 0 ma patrie ! ô terre à tous les miens fatale! Redoutable berceau des enfants de Tantale, Famille des héros et des grands criminels, Les malheurs de ton sang seront-ils éternels? L'horreur qui règne ici m'environne et m'accable. De quoi suis-je puni? de quoi suis-je coupable? Au sort de mes aïeux ne pourrai-je échapper?
ELECTRE, avançant un peu du fond du théâtre. Qui m'arrête? et d'où vient que je crains de frap- Avançons. [per?
ORESTE
Quelle voix ici s'est fait entendre?
Père, époux malheureux, chère et terrible cendre, Est-ce toi qui gémis, ombre d'Agamemnon?
ELECTRE
Juste ciel! est-ce à lui de prononcer ce nom?
ORESTE
O malheureuse Electre!
ELECTRE
Il me nomme, il soupire!
Les remords en ces lieux ont-ils donc quelque
[empire?
Qu'importe des remords à mon juste courroux?
(Elle avance vers Oreste.) Frappons... Meurs, malheureux !
ORESTE, lui saisissant le bras.
Justes dieux! est-ce vous, Chère Electre?
ELECTRE
Qu'entends-je?
ORESTE
Hélas! qu'alliez-vous faire?
ELECTRE
J'allais verser ton sang; j'allais venger mon frère,
ORESTE, la regardant avec attendrissement. Le venger! et sur qui?
ELECTRE
Son aspect, ses accents, Ont fait trembler mon bras, ont fait frémir mes
[sens.
Quoi ! c'est vous dont je suis l'esclave malheureuse !
ORESTE
C'est moi qui suis à vous.
O vengeance trompeuse!
D'où vient qu'en vous parlant tout mon cœur est oreste. [changé?
Sœur d 'Oreste...
ELECTRE
Achevez.
ORESTE
Où me suis-je engagé ?
Electre. [dre
Ah ! ne me trompez plus, parlez; il faut m'appren- L'excès du crime affreux que j'allais entreprendre. Par pitié, répondez, éclairez-moi, parlez.
oreste.
Je ne puis... fuyez-moi.
ELECTRE
Qui? moi vous fuir !
ORESTE
Tremblez.
ELECTRE
Pourquoi ?
ORESTE
Je suis... Cessez. Gardez qu'on ne vous voie.
ELECTRE
Ah ! vous me remplissez de terreur et de joie !
Si vous aimez un frère...
ELECTRE
Oui, je l'aime; oui, je crois Voir les traits de mon père, entendre encorsa voix. La nature nous parle et perce ce mystère. Ne lui résistez pas : oui, vous êtes mon frère; Vous l'êtes, je vous vois, je vous embrasse: hélas ! Cher Oreste, et ta sœur a voulu ton trépas !