‹ Théâtre completChapitre 578 sur 1720 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

CATILINA

[Soldats dans l'enfoncement.)

Orateur insolent, qu'un vil peuple seconde,

Assis au premier rang des souverains du monde.

Tu vas tomber du faîte où Rome t'a placé.

Inflexible Caton, vertueux insensé!

Ennemi de ton siècle, esprit dur et farouche,

Ton terme est arrivé, ton imprudence y touche.

Fier sénat de tyrans qui tiens le monde aux fers,

Tes fers sont préparés, tes tombeaux sont ouverts.

Que ne puis-je en ton sang-, impérieux Pompée,

Éteindre de ton nom la splendeur usurpée !

Que ne puis-je opposer à ton pouvoir fatal

Ce César si terrible et déjà ton égal!

Quoi! César, comme moi factieux dès l'enfance.

Avec Catilina n'est pas d'intelligence?

Mais le piège est tendu; je prétends qu'aujourd'hui

Le trône qui m'attend soit préparé par lui.

Il faut employer tout, jusqu'à Cicéron même,

Ce César que je crains, mon épouse que j'aime :

Sa docile tendresse, en cet affreux moment,

De mes sanglants projets est l'aveugle instrument.

Tout ce qui m'appartient doit être mon complice.

Je veux que l'amour même à mon ordre obéisse.

Titres chers et sacrés et de père et d'époux, Faiblesses des humains, évanouissez-vous.

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