ROME SAUVEE, ACTE III, SCÈNE III
CATILINA
Oui, de nos ennemis j'y vais punir la rage. Tout est prêt; on m'attend.
AURÉLIE
Commence donc par moi, Commence par ce meurtre, il est digne de toi : Barbare, j'aime mieux, avant que tout périsse, Expirer par tes mains que vivre ta complice.
CATILINA
Qu'au nom de nos liens votre esprit raffermi....
CÉTHÉGUS
Ne désespérez point un époux, un ami.
Tout vous est confié; la carrière est ouverte, Et reculer d'un pas, c'est courir à sa perte.
AURÉLIE
Ma perte fut certaine au moment où mon cœur Reçut de vos conseils le poison séducteur; Quand j'acceptai sa main, quand je fus abusée, Attachée à son sort, victime méprisée.
Vous pensez que mes yeux timides, consternés, Respecteront toujours vos complots forcenés. Malgré moi sur vos pas vous m'avez su conduire. J'aimais; il fut aisé, cruels, de me séduire! Et c'est un crime affreux dont on doit vous punir, Qu'à tant d'atrocité l'amour ait pu servir. Dans mon aveuglement que ma raison déplore, Ce reste de raison m'éclaire au moins encore. Il fait rougir mon front de l'abus détesté Que vous avez tous fait de ma crédulité. L'amour me fit coupable et je ne veux plus l'être; Je ne veux point servir les attentats d'un maître. Je renonce à mes vœux, à ton crime, à ta foi; [toi. Mes mains, mes propres mains s'armeront contre Frappe et traîne dans Rome embrasée et fumante, Pour ton premier exploit, ton épouse expirante; Fais périr avec moi l'enfant infortuné Que les dieux en courroux à mes vœux ont donné , Et couvert de son sang, libre dans ta furie, Barbare, assouvis-toi du sang de ta patrie.
CATILINA
C'est donc là ce grand cœur et qui me fut soumis ? Ainsi vous vous rangez parmi mes ennemis? Ainsi, dans la plus juste et la plus noble guerre Qui jamais décida du destin de la terre, Quand je brave un consul, et Pompée, et Caton, Mes plus grands ennemis seront dans ma maison? Les préjugés romains de votre faible père Arment contre moi-même une épouse si chère? Et vous mêlez enfin la menace à l'effroi ?
AURÉLIE
Je menace le crime.... et je tremble pour toi. Dans mes emportements vois encor ma tendresse. Frémis d'en abuser : c'est ma seule faiblesse. Crains...
CATILINA
Cet indigne mot n'est pas fait pour mon cœur. Ne me parlez jamais de paix ni de terreur : C'est assez m'offenser. Écoutez : je vous aime; Mais ne présumez pas que, m 'oubliant moi-même,
J'immole à mon amour ces amis généreux, Mon parti, mes desseins et l'empire avec eux. Vous n'avez pas osé regarder la couronne ; Jugez de mon amour, puisque je vous pardonne: Mais sachez....
AURÉLIE
La couronne où tendent tes desseins, Cet objet du mépris du reste des Romains, Va, je l'arracherais sur mon front affermie, Comme un signe insultant d'horreur et d'infamie. Quoi ! tu m'aimes assez pour ne te pas venger, Pour ne me punir pas de t'oser outrager, Pour ne pas ajouter ta femme à tes victimes? Et moi je t'aime assez pour arrêter tes crimes. Et je cours....