SCÈNE III
.CATILINA, CÉTHÉGUS, LENTULUS SURA, AURÉLIE, etc.
SURA
C'en est fait, et nous sommes perdus : Nos amis sont trahis, nos projets confondus. Préneste entre nos mains n'a point été remise. Nonnius vient dans Rome; il sait notre entreprise. Un de nos confidents, dans Préneste arrêté, A subi les tourments et n'a point résisté. Nous avons trop tardé ; rien ne peut nous défendre. Nonnius au sénat vient accuser son gendre; 11 va chez Cicéron, qui n'est que trop instruit.
AURÉLIE
Eh bien! de tes fortaits tu vois quel est le fruit! Voilà ces grands desseins où j'aurais dû souscrire, Ces destins de Sylla, ce trône, cet empire ! Es-tu désabusé? tes yeux sont-ils ouverts? CATILINA, après un moment de silence.
Je ne m'attendais pas à ce nouveau revers. Mais.... me trahirez-vous?
AURÉLIE
Je le devrais peut-être.
Je devrais servir Rome en la vengeant d'un traître ; Nos dieux m'en avoueraient. Je ferai plus : je veux Te rendre à ton pays et vous sauver tous deux. Ce cœur n'a pas toujours la faiblesse en partage; Je n'ai point tes fureurs, mais j'aurai ton courage : L'amour en donne au moins. J'ai prévu le danger; Ce danger est venu, je veux le partager. Je vais trouver mon père; il faudra que j'obtienne Qu'il m'arrache la vie ou qu'il sauve la tienne. Il m'aime, il est facile, il craindra devant moi D'armer le désespoir d'un gendre tel que toi. J'irai parler de paix à Cicéron lui-même. Ce consul qui te craint, ce sénat où l'on t'aime, Où César te soutient, où ton nom est puissant, Se tiendront trop heureux de te croire innocent. On pardonne aisément à ceux qui sont à craindre. Repens-toi seulement, mais repens-toi sans fein- II n'est que ce parti quand on est découvert : [dre.