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ROME SAUVEE, ACTE IV, SCÈNE V

CATILIXA.

Et vous soullVez, Romains, que mon accusateur Des meilleurs citoyens soit le persécuteur ? Apprenez des secrets que le consul ignore, Et profitez-en tous, s'il en est temps encore. Sachez qu'en son palais, et presque sous ces lieux, Nonnius enfermait l'amas prodigieux De machines, de traits, de lances et d'épées, Que dans des tlotsde sang Rome doit voir trempées. Si Rome existe encore, amis, si vous vivez, C'est moi, c'est mon audace à qui vous le deNez. Pour prix de mon service, approuvez mes alarmes ; Sénateurs, ordonnez qu'on saisisse ces armes.

CICÉRON, aux licteurs.

Courez chez Nonnius, allez, et qu'à nos yeux On amène sa fille en ces augustes lieux. Tu trembles à ce nom !

CATILIXA.

Moi, trembler ? je méprise Cette ressource indigne où ta haine s'épuise. Sériai, le péril croît quand vous délibérez. Eh bien ! sur ma conduite ètes-vous éclairés?

CICÉRON

Oui, je le suis, Romains, je le suis sur son crime. Qui de vous peut penser qu'un vieillard magna- Ait formé de si loin ce redoutable amas, [uime Ce dépôt des forfaits et des assassinats? Dans ta propre maison ta rage industrieuse Craignait de mes regards la lumière odieuse. De Nonnius trompé tu choisis le palais, Et ton noir artifice y cacha tes forfaits. Peut-être as-tu séduit sa malheureuse fille. Ah! cruel, ce n'est pas la première famille Où tu portas le trouble, et le crime, et la mort. Tu traites Rome ainsi : c'est donc là notre sort ! Et tout couvert d'un sang qui demande vengeance, Tu veux qu'on t'applaudisse et qu'on te récompen- Artisan de la guerre, affreux conspirateur, [se ! Meurtrier d'un vieillard et calomniateur, Voilà tout ton service, et tes droits, et tes titres. 0 vous des nations jadis heureux arbitres, Attendez-vous ici, sans force et sans secours, Qu'un tyran forcené dispose de vos jours? Fermerez-vous les yeux au bord des précipices? Si vous ne vous vengez, vous êtes ses complices. Rome ou Catilina doit périr aujourd'hui. Vous n'avez qu'un moment : jugez entre elle et lui.

CÉSAR

In jugement trop prompt est souvent sans justice. C'est la cause de Rome, il faut qu'on l'éclaircisse. Aux droits de nos égaux est-ce à nous d'attenter? Toujours dans ses pareils il faut se respecter. Trop de sévérité tient de la tyrannie.

CAÏOX.

Trop d'indulgence ici tient de la perfidie.

Quoi! Rome est d'un coté, de l'autre un assassin,

C'est Cicéron qui parle et l'on est incertain?

CÉSAR

Il nous faut une preuve; on n'a que des alarmes.

Si l'on trouve en effet ces parricides armes, Et si de Nonnius le crime est avéré, Catilina nous sert et doit être honoré.

(A Catilina.) Tu me connais : en tout je te tiendrai parole.

CICÉRON

0 Rome ! ô ma patrie ! ô dieux du Capitole ! Ainsi d'un scélérat un héros est l'appui ! Agissez-vous pour vous, en nous parlant pour lui? César, vous m'entendez; et Rome trop à plaindre N'aura donc désormais que ses enfants à craindre?

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