‹ Théâtre completChapitre 616 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

CATON, ET UNE PARTIE DES SÉNATEURS, debout, en habit de guerre.

CLODIUS, à Caton.

Quoi ! lorsque défendant cette enceinte sacrée,

A peine aux factieux nous en fermons l'entrée, Quand partout le sénat, s'exposant au danger, Aux ordres d'un Samnite a daigné se ranger; Cet altier plébéien nous outrage et nous brave ! Il sert un peuple libre et le traite en esclave ! Un pouvoir passager est à peine en ses mains, 11 ose en abuser et contre des Romains ! Contre ceux dont le sang a coulé dans la guerre ! Les cachots sont remplis des vainqueurs de la terre ; Et cet homme inconnu, ce fils heureux du sort, Condamne insolemment ses maîtres à la mort I Catilina pour nous serait moins tyrannique; On ne le verrait point flétrir la république. Je partage avec vous les malheurs de l'État; Mais je ne peux souffrir la honte du sénat.

CATON

La honte, Clodius, n'est que dans vos murmures, Allez de vos amis déplorer les injures ; Mais sachez que le sang de nos patriciens, Ce sang des Céthégus et des Cornéliens, Ce sang si précieux, quand il devient coupable, Devient le plus abject et le plus condamnable. Regrettez, respectez ceux qui nous ont trahis: On les mène à la mort, et c'est par mon avis. Celui qui vous sauva les condamne au supplice. De quoi vous plaignez-vous? est-ce de sa justice? Est-ce elle qui produit cet indigne courroux? En craignez-vous ia suite et la méritez-vous? Quand vous devez la vie aux soins de ce grand

[homme, Vous osez l'accuser d'avoir trop fait pour Rome ! Murmurez, mais tremblez; la mort est sur vos pas. Il n'est pas encor temps de devenir ingrats. On a dans les périls de la reconnaissance: Et c'est le temps du moins d'avoir de la prudence. Catilina paraît jusqu'aux pieds du rempart; On ne sait point encor quel parti prend César, S'il veut ou conserver ou perdre la patrie. Cicéron agit seul et seul se sacrifie; Et vous considérez, entourés d'ennemis, Si celui qui vous sert vous a trop bien servis I

t CLODIUS.

Caton, plus implacable encor que magnanime. Aime les châtiments plus qu'il ne hait le crime. Respectez le sénat ; ne lui reprochez rien. Vous parlez en censeur; il nous faut un soutien. Quand la guerre s'allume et quand Rome est en

[cendre, Les édits d'un consul pourront-ils nous défendre? N'a-t-il contre une armée et des conspirateurs Que l'orgueil des faisceaux et les mains des licteurs ! Vous parlez de dangers ! pensez-vous nous instruire Que ce peuple insensé s'obstine à se détruire? Vous redoutez César! Eh, qui n'est informé Combien Catilina de César fut aimé?

Dans le péril pressant qui croît et nous obsède, Vous montrez tous nos maux : montrez-vous le recaton. [mède?

Oui, j'ose conseiller, esprit fier et jaloux,

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