‹ Théâtre completChapitre 617 sur 1720 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CICERON, CATON, une partie des sénateurs.

CATON, à Cicéron, Viens, tu vois des ingrats. Mais Rome te défère Les noms, les sacrés noms de père et de vengeur; Et l'envie à tes pieds t'admire avec terreur.

cicéron. [taire;

Romains, j'aime la gloire et ne veux point m'en Des travaux des humains c'est le digne salaire. Sénat, en vous servant il la faut acheter : Qui n'ose la vouloir n'ose la mériter.

Si j'applique à vos maux une main salutaire, Ce que j'ai fait est peu; voyons ce qu'il faut faire. Le sang coulait dans Rome : ennemis, citoyens, Gladiateurs, soldats, chevaliers, plébéiens, Etalaient à mes yeux la déplorable image, [nage; Et d'une Aille en cendre et d'un champ de car- La flamme, en s'élançant de cent toits dévorés, Dans l'horreur du combat guidait les conjurés. Céthégus et Sura s'avançaient à leur tête^ Ma main les a saisis ; leur juste mort est prête. Mais quand j'étouffe l'hydre, il renaît en cent lieux : Il faut fendre partout les Ilots des factieux. Tantôt Catilina, tantôt Rome l'emporte.

11 marche au Quirinal, il s'avance à la porte; Et là, sur des amas de mourants et de morts, Ayant fait à mes yeux d'incroyables efforts, Il se fraye un passage, il vole à son armée. J'ai peine à rassurer Rome entière alarmée, Antoine, qui s'oppose au fier Catilina, A tous ces vétérans aguerris sous Sylla, Antoine, que poursuit notre mauvais génie, Par un coup imprévu voit sa force affaiblie; Et son corps accablé, désormais sans vigueur. Sert mal en ces moments les soins de son grand Pétréius étonné vainement le seconde. [cœur; Ainsi de tous côtés la maîtresse du monde, Assiégée au dehors, embrasée au dedans, Est cent fois en un jour à ses derniers moments.

CRASSUS

Que fait César !

CICÉRON

11 a, dans ce jour mémorable, Déployé, je l'avoue, un courage indomptable; Mais Rome exigeait plus d'un coeur tel que le sien. Il n'est pas criminel, il n'est pas citoyen. Je l'ai vu dissiper les plus hardis rebelles; Mais bientôt, ménageant des Romains infidèles, Il s'efforçait de plaire aux esprits égarés, Aux peuples, aux soldats, et même aux conjurés. Dans le péril horrible où Rome était en proie, Son front laissait briller une secrète joie : Sa voix, d'un peuple entier sollicitant l'amour. Semblait inviter Rome à le servir un jour.

D'un trop coupable sang sa main était avare.

CATON

Je vois avec horreur tout ce qu'il nous préparc. Je le redis encore et veux le publier, De César en tout temps il faut se défier.

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