‹ Théâtre completChapitre 634 sur 1720 · L'ORPHELIN DE LA CHINE, ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

L'ORPHELIN DE LA CHINE, ACTE II, SCÈNE V

Grâces à mon amour, inquiète, troublée, A ce fatarberceau l'instinct m'a rappelée. J'ai vu porter mon fils à nos cruels vainqueurs; Mes mains l'ont arraché des mains des ravisseurs. Barbare, ils n'ont point eu ta fermeté cruelle. J'en ai chargé soudain cette esclave fidèle, Qui soutient de son lait ses misérables jours, Ces jours qui périssaient sans moi, sans mon se^- J'ai conservé le sang du fils et de la mère, [cours ; Et j'ose dire encor de son malheureux père.

ZAMTI.

Quoi! mon fils est vivant!

IDAMÉ

Oui, rends grâces au ciel, Malgré toi favorable à ton cœur paternel. Repens-toi.

ZAMTI.

Dieu des cieux! pardonnez cette joie, Qui se mêle un moment aux pleurs où je me noie|! 0 ma chère Idamé ! ces moments seront courts : Vainement de mon fils vous prolongiez les jours; Vainement vous cachiez cette fatale offrande: Si nous ne donnons pas le sang qu'on nous demande, Nos tyrans soupçonneux seront bientôt vengés; Nos citoyens tremblants, avec nous égorgés, Vont payer de vos soins les efforts inutiles; De soldats entourés, nous n'avons plus d'asiles; El mon fils, qu'airtrépas vous croyez arracher, A l'œil qui le poursuit ne peut plus se cacher. Il faut subir son sort.

IDAMÉ

Ah! cher époux, demeure; Écoute-moi, du moins.

ZAMTI.

Hélas!... il faut qu'il meure.

IDAMÉ

Qu'il meure! arrête, tremble et crains mon déses- Crains sa mère. [P0^'-

ZAMTI.

Je crains de trahir mon devoir.

Abandonnez le vôtre ; abandonnez ma vie Aux détestables mains d'un conquérant impie. C'est mon sang qu'à Gengis il vous faut demander : Allez, il n'aura pas de peine à l'accorder. Dan s le sang d'un époux trempez vos mains perfides ; Allez : ce jour n'est fait que pour les parricides. Rendez vains mes serments, sacrifiez nos lois, Immolez votre époux et le sang de vos rois.

IDAMÉ

De Inès rois ! Va, tedis-je; ils n'ont rien à prétendre; Je ne dois point mon sang en tribut à leur cendre. Va, le nom de sujet n'est pas plus saint pour nous Que ces noms si sacrés et de père et d'époux. La nature et l'hymen, voilà les lois premières, Les devoirs, les liens des nations entières. Ces lois viennent des dieux ; le reste est des humains. Ne me fais point haïr le sang des souverains : Oui, sauvons l'orphelin d'un vainqueur homicide; Mais ne le sauvons pas au .prix d'un parricide;

Que les jours de mon fils n'achètent point ses jours. Loin de l'abandonner, je vole à son secours; Je prends pitié de lui; prends pitié de toi-même, De ton fils innocent, de sa mère qui t'aime. Je ne menace plus, je tombe à tes genoux. 0 père infortuné! cher et cruel époux!

Pour qui j'ai méprisé, tu t'en souviens peut-être, Ce mortel qu'aujourd'hui le sort a fait ton maître ; Accorde-moi mon fils, accorde-moi ce sang Que le plus pur amour a formé dans mon flanc, Et ne résiste point au cri terrible et tendre Qu'à tes sens désolés l'amour a fait entendre.

ZAMTI.

Ah! c'est trop abuser du charme et du pouvoir Dont la nature et vous combattez mon devoir. Trop faible épouse, hélas! si vous pouviez connaî-

idamé. [tre....

Je suis faible, oui, pardonne ; une mère doit l'être. Je n'aurai point de toi ce reproche à souffrir, Quand il faudra te suivre et qu'il faudra mourir. Cher époux, si tu peux au vainqueur sanguinaire, A la place du fils, sacrifier la mère, Je suis prête : Idamé ne se plaindra de rien, Et mon cœur est encore aussi grand que le tien.

ZAMTI.

Oui, j'en crois ta vertu.

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