DAMÉ
Qu'ai-jevu?Qu'a-t-on fait? barbare, est-il possible? I/avez-vous commandé, ce sacrifice horrible? Xon, je ne puis le croire, et le ciel irrité .N'a pas dans votre sein mis tant de cruauté. Non, vous ne serez point plus dur et plus barbare Que la loi du vainqueur et le fer du Tartare. Vous pleurez, malheureux!
ZAMTI.
Ah ! pleurez avec moi :
Mais avec moi songez à sauver votre roi.
IDAMÉ
Que j'immole mon fils!
ZAMTI.
Telle est notre misère :
Vous êtes citoyenne avant que d'être mère.
IDAMÉ
Quoi ! sur toi la nature a si peu de pouvoir !
ZAMTI.
Elle n'en a que trop, mais moins que mon devoir: Et je dois plus au sang de mon malheureux maître Qu'à cet enfant obscur à qui j'ai donné l'être.
IDAMÉ
Non, je ne connais point cette horrible vertu. J'ai vu nos murs en cendre et ce trône abattu; J'ai pleuré de nos rois les disgrâces affreuses: Mais par quelles fureurs encor plus douloureuses Veux-tu, de ton épouse avançant le trépas, Livrer le sang d'un fils qu'on ne demande pas? Ces rois ensevelis, disparus dans la poudre, Sont-ils pour toi des dieux dont tu craignes la foudre? A ces dieux impuissants, dans la tombe endormis, As-tu fait le serment d'assassiner ton fils? Hélas! grands et petits, et sujets, et monarques, Distingués un moment par de frivoles marques, Egaux par la nature, égaux par le malheur, Tout mortel est chargé de sa propre douleur; Sa peine lui suffit; et, dans ce grand naufrage, Rassembler nos débris, voilà notre partage. Où serais-je, grand Dieu! si ma crédulité Eût tombé dans le piège à mes pas présenté? Auprès du fils des rois si j'étais demeurée, La victime aux bourreaux allait être livrée, Je cessais d'être mère, et le même couteau Sur le corps de mon fils me plongeait au tombeau.