L'ORPHELIN DE LA CHINE, ACTE V, SCÈNE I
Crois-moi; dans nos malheurs il est un sort plus
[beau, Un plus noble chemin pour descendre au tombeau. Soit amour, soit mépris, le tyran qui m'offense, Sur moi, sur mes desseins, n'est pas en défiance : Dans ces remparts fumants et de sang abreuvés, Je suis libre, et mes pas ne sont point observés; Le chef des Coréens s'ouvre un secret passage, Non loin de ces tombeaux, où ce précieux gage A l'œil qui le poursuit fut caché par tes mains : De ces tombeaux sacrés je sais tous les chemins; Je cours y ranimer sa languissante vie, Le rendre aux défenseurs armés pour la patrie, Le porter en mes bras dans leurs rangs belliqueux, Comme un présent d'un dieu qui combat avec eux, Nous mourons, je le sais, mais tout couverts de gloi- Nous laisserons de nous une illustre mémoire, [re :
Toul fumant de carnage, il m'a fait appeler, Pour jouir démon trouble etpourmieuxm'accabler.
Ses regards inspiraient l'horreur et l'épouvante. Vingt fois il a levé sa main toute sanglante Sur le fils de mes rois, sur mon (ils malheureux. Je me suis en tremblant jetée au-devant d'eux; Tout en pleurs, à ses pieds je me suis prosternée. Mais lui me repoussant d'une main forcenée, La menace à la bouche, et détournant les yeux, Il est sorti pensif et rentré furieux; Et s'adressant aux siens, d'une voix oppressée, Il leur criait vengeance et changeait de pensée; Tandis qu'autour de lui ses barbares soldats Semblaient lui demander Tordre de mon trépas.
ASSÉLI.
Pensez-vous qu'il donnât un ordre si funeste? 11 laisse vivre encor votre époux qu'il déteste;
Mettons nos noms obscurs au rang des plus grands L'orphelin aux bourreaux n'est point abandonné.
Et juge si mon cœur a suivi tes leçons. [noms
ZAMTI.
Tu l'inspires, grand Dieu ! que ton bras la soutien- Idamé, ta vertu l'emporte sur la mienne; [ne! Toi seule as mérité que les cieux attendris Daignent sauver par toi ton prince et ton pays.