‹ Théâtre completChapitre 660 sur 1720 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

GEiSGIS, IDAMÉ.

GENGIS

Mon, je n'ai point assez déployé ma colère, Assez humilié votre orgueil téméraire, Assez fait de reproche aux infidélités Dont votre ingratitude a payé mes bontés. Vous n'avez pas conçu l'excès de votre crime, ?si tout votre danger, ni l'horreur qui m'anime, Vous que j'avais aimée et que je dus haïr; Vous qui me trahissiez et que je dois punir.

IDAMÉ

Ne punissez que moi ; c'est la grâce dernière Que j'ose demander à la main meurtrière Dont j'espérais en vain fléchir la cruauté. Éteignez dans mon sang votre inhumanité.

Vengez-vous d'une femme à Sun devoir fidèle ; Finissez ses tourments.

GENGIS

Je ne le puis, cruelle ; Les miens sont plus affreux, je les veux terminer. Je viens pour vous punir, je puis tout pardonner. Moi, pardonner! à vous! non, craignez ma vengeance :

Je tiens le fils des rois, le votre, en ma puissance. De votre indigne époux je ne vous parle pas ; Depuis que vous l'aimez, je lui dois le trépas : Il me trahit, me brave, il ose être rebelle. Mille morts punissaient sa fraude criminelle : Vous retenez mon bras et j'en suis indigné ; Oui, jusqu'à ce moment, le traître est épargné. Mais je ne prétends plus supplier ma captive. Il le faut oublier, si vous voulez qu'il vive. Rien n'excuse à présent votre cœur obstiné : Il n'est plus votre époux, puisqu'il est condamné; Il a péri pour vous : votre chaîne odieuse Va se rompre à jamais par une mort honteuse. C'est vous qui m'y forcez, et je ne conçois pas Le scrupule insensé qui le livre au trépas. Tout couvert de son sang, je devais, sur sa cendre, A mes vœux absolus vous forcer de vous rendre ; Mais sachez qu'un barbare, un Scythe, un destruc- A quelques sentiments dignes de votre cœur, [tcur, Le destin, croyez-moi, nous devait l'un à l'autre ; Et mon âme a l'orgueil de régner sur la vôtre. Abjurez votre hymen, et, dans le même temps, Je place votre fils au rang de mes enfants. Vous tenez dans vos mains plus d'une destinée : Du rejeton des rois l'enfance condamnée, Votre époux, qu'à la mort un mot peut arracher, Les honneurs les plus hauts tout prêts à le chercher, Le destin de son fils, le vôtre, le mien même, Tout dépendra de vous,puisqu'enfin je vous aime. Oui, je vous aime encor, mais ne présumez pas D'armer contre mes vœux l'orgueil de vos appas; Gardez-vous d'insulter à l'excès de faiblesse Que déjà mon courroux reproche à ma tendresse. C'est un danger pour vous que l'aveu que je fais. Tremblez de mon amour, tremblez de mes bienfaits. Mon âme à la vengeance est trop accoutumée, Et je vous punirais de vous avoir aimée. Pardonnez : je menace encore en soupirant ; Achevez d'adoucir ce courroux qui se rend : Vous ferez d'un seul mot le sort de cet empire ; Mais ce mot important, madame, il faut le dire. Prononcez sans tarder, sans feinte, sans détour, Si je vous dois enfin ma haine ou mon amour.

idamé. [nable :

L'une et l'autre aujourd'hui serait trop condam- Votre haine est injuste et votre amour coupable. Cet amour est indigne et de vous et de moi : Vous me devez justice ; et si vous êtes roi, Je la veux, je l'attends pour moi contre vous-même. Je suis loin de braver votre grandeur suprême ; Je la rappelle en vous lorsque vous l'oubliez,

Page 1