L'ORPHELIN DE LA CHINE, ACTE V, SCENE V
Et vous-même en secret vous nie justifiez.
GENGIS
Eh bien ! vous le voulez ; vous choisissez ma haine : Vous l'aurez, et déjà je la retiens à peine. Je ne vous connais plus, et mon juste courroux Me rend la cruauté que j'oubliais pour vous. Votre époux, votre prince et votre fils, cruelle, Vont payer de leur sang votre fierté rebelle. Ce mot que je voulais les a tous condamnés ; C'en est fait, et c'est vous qui les assassinez.
Barbare !
GENGIS
Je le suis ; j'allais cesser de l'être : Vous aviez un amant, vous n'avez plus qu'un maître, Un ennemi sanglant, féroce, sans pitié, Dont la haine est égale -à votre inimitié.
IDAMÉ
Eh bien ! je tombe aux pieds de ce maître sévère. Le ciel l'a fait mon roi ; seigneur, je le révère : Je demande à genoux une grâce de lui.
gengis. [d'hui?
Inhumaine, est-ce à vous d'en attendre aujour- Levez-vous : je suis prêt encore à vous entendre. Pourrai-je me flatter d'un sentiment plus tendre? Que voulez-vous ? parlez.
IDAME.
Seigneur, qu'il soit permis Qu'en secret mon époux près de moi soit admis, Que je lui parle.
GENGIS
Vous !
IDAMÉ
Écoutez ma prière.
Cet entretien sera ma ressource dernière : Vous jugerez après si j'ai dû résister.
GENGIS
Non, ce n'était pas lui qu'il fallait consulter : Mais je veux bien encor souffrir cette entrevue. Je crois qu'à la raison son àme enfin rendue N'osera plus prétendre à cet honneur fatal De me désobéir et d'être mon rival. Il m'enleva son prince, il vous a possédée : Que de crimes ! Sa grâce est encore accordée. Qu'il la tienne de vous, qu'il vous doive son sort; Présentez à ses yeux le divorce ou la mort : Oui, j'y consens. Octar, veillez à cette porte. Vous, suivez-moi. Quel soin m'abaisse et me trans- Faut-il encore aimer? est-ce là mon destin ? "porte!
(// sort.)
IDAMÉ
Je renais, et je sens s'affermir dans mon sein Cette intrépidité dont je doutais encore.