AMÉNAÏDE, FAME
AMÉNAÏDE
Viens, approche, ô ma chère Fanie !
Vois le trait déteste qui m'arrache la vie. Orbassan par mon père est nommé mon époux !
FANIE.
Je sens combien cet ordre est douloureux pour vous. J'ai vu vos sentiments, j'en ai connu la force. Le sort n'eut point de traits, la cour n'eut point Qui pussent arrêter ou détourner vos pas, [d'amorce, Quand la route par vous fut une fois choisie. Votre cœur s'est donné, c'est pour toute la vie. Tancrède et Solamir, touchés de vos appas, Dans la cour des Césars en secret soupirèrent : Mais celui que vos yeux justement distinguèrent, Qui seul obtint vos vœux, qui sut les mériter, En sera toujours digne; et, puisque dans B\zance Sur le fier Solamir il eut la préférence, Orbassan dans ces lieux ne pourra l'emporter : Votre àmc est trop constante.
AMÉNAÏDE
Ah ! tu n'en peux douter.
On dépouille Tancrède, on l'exile, on l'outrage : C'est le sort d'un héros d'être persécuté; Je sens que c'est le mien de l'aimer davantage. Écoute : dans ces murs Tancrède est regretté; Le peuple le chéri l.
FANIE.
Banni dans son enfance, De son père oublié les fastueux amis Ont bientôt à son sort abandonné le fils. Peu de cœurs comme vous tiennent contre Pabsence. A leurs seuls intérêts les grands sont attachés. Le peuple est plus sensible.
AMÉNAÏDE
Il est aussi plus juste.
FANIE.
Mais il est asservi : nos amis sont cachés; Aucun n'ose parler pour ce proscrit auguste. lTn sénat tyrannique est ici tout-puissant.
Oui, je sais qu'il peut tout quand Tancrède est ab-
fanie. [sent.
S'il pouvait se montrer, j'espérerais encore; Mais il est loin de vous.
AMÉNAÏDE
Juste ciel, je t'implore !
(4 Fanie.) Je me confie ta toi. Tancrède n'est pas loin; Et, quand de l'écarter on prend l'indigne soin, Lorsque la tyrannie au comble est parvenue, 11 est temps qu'il paraisse et qu'on tremble à sa vue, Tancrède est dans Messine.
FANIE.
Est-il vrai ? justes cieux !
El cet indigne hymen est formé sous ses yeux !
AMÉNAÏDE
Il ne le sera pas... non, Fanie; et peut-être Mes oppresseurs et moi nous n'aurons plus qu'un
[maître.
Viens... je t'apprendrai tout...maisil faut tout oser; Le joug est trop honteux; ma main doit le briser. La persécution enhardit ma faiblesse.
Le trahir est un crime; obéir est bassesse. S'il vient, c'est pour moi seule et je l'ai mérité : Et moi, timide esclave, à son tyran promise, Victime malheureuse indignement soumise, Je mettrais mon devoir dans l'infidélité ! Non, l'amour à mon sexe inspire le courage : C'est à moi de hâter ce fortuné retour; Et, s'il est des dangers que ma crainte envisage, Ces dangers me sont chers, ils naissent de l'amour.