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TANCREDE, ACTE II, SCENE VIL

Les lois veulent ici des serments solennels; J'en exige un de vous, non tel que la contrainte En dicte à la faiblesse, en impose à la crainte, Qu'en se trompant soi-même on prodigue aux autels. A ma franchise altière il faut parler sans feinte : Prononcez. Mon cœur s'ouvre et mon bras est armé. Je puis mourir pour vous ; mais je dois être aimé.

AMÉNAÏDE

Dans l'abime effroyable où je suis descendue, A peine avec horreur à moi-même rendue, Cet effort généreux que je n'attendais pas Porte le dernier coup à mon àme éperdue [pas. Et me plonge au tombeau, qui s'ouvrait sous mes Vous me forcez, seigneur, à la reconnaissance; Et, tout près du sépulcre où l'on va m'enfermer, Mon dernier sentiment est de vous estimer, [se; Connaissez-moi ; sachez quemon cœur vous offen- Mais je n'ai point trahi ma gloire et mon pays : Je ne vous trahis point, je n'avais rien promis. Mon came envers la vôtre est assez criminelle; Sachez qu'elle est ingrate et non pas infidèle... Je ne peux vous aimer; je ne peux à ce prix Accepter un combat pour ma cause entrepris. Je sais de votre loi la dureté barbare, Celle de mes tyrans, la mort qu'on me prépare. Je ne me vante point du fastueux effort De voir, sans m'alarmer, les apprêts de ma mort... Je regrette la vie... elle dut m'ètre chère. Je pleure mon destin, je gémis sur mon père; Mais, malgré ma faiblesse et malgré mon effroi, Je ne puis vous tromper; n'attendez rien de moi. Je vous parais coupable après un tel outrage ; Mais ce cœur, croyez-moi, le serait davantage, Si jusqu'à vous complaire il pouvait s'oublier. Je ne veux (pardonnez à ce triste langage) De vous pour mon époux, ni pour mon chevalier. J'ai prononcé: jugez, et vengez votre offense.

ORBASSAN

Je me borne, madame, à venger mon pays, A dédaigner l'audace, à braver le mépris, A l'oublier. Mon bras prenait votre défense : [vous, Mais, quitte envers ma gloire, aussi bien qu'envers Je ne suis plus qu'un juge à son devoir fidèle; Soumis à la loi seule, insensible comme elle, Et qui ne doit sentir ni regrets ni courroux.

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