AMÉNAÏDE, ORBASSAN
AMENAI DE
Qu'osez-vons attenter?
A mes derniers moments venez-vous insulter?
ORBASSAN
Ma Ûerté jusque-là ne peut être avilie. Je vous donnais ma main, je vous avais choisie; Peut-être l'amour même avait dicté ce choix. Je ne sais si mon cœur s'en souviendrait encore, Ou s'il est indigné d'avoir connu ses lois; Mais il ne peut souffrir ce qui le déshonore. Je ne veux point penser qu'Orbassan soit trahi Pour un chef étranger, pour un chef ennemi, Pour un de ces tyrans que notre culte abhorre : Ce crime est trop indigne; il est trop inouï; Et, pour vous, pour l'État, et surtout pour ma gloire, Je veux fermer les yeux et prétends ne rien croire. Syracuse aujourd'hui voit en moi votre époux: Ce titre me suffit; je me respecte en vous. Ma gloire est offensée et je prends sa défense. Les lois des chevaliers ordonnent ces combats; Le jugement de Dieu dépend de notre bras : C'est le glaive qui juge et qui fait l'innocence. Je suis prêt.
A MENAI DE
Vous?
ORBASSAN
Moi seul; et j'ose me flatter Qu'après cette démarche, après cette entreprise Qu'aux yeux de tout guerrier mon honneur auto- Un cœur qui m'était dû me saura mériter. [rise, Je n'examine point si votre âme surprise Ou par mes ennemis, ou par un séducteur, Un moment aveuglée, eut un moment d'erreur; Si votre aversion fuyait mon hyménée.
Les bienfaits peuvent tout sur une àme bien née; La vertu s'affermit par un remords heureux. Je suis sur. en un mot, de l'honneur de tous deux. Mais ce n'est point assez : j'ai le droit de prétendre (Soit fierté, soit amour,) un sentiment plus tendre.