SCÈNE VI
La scène s'ouvre : on voit AMENAÏDE au milieu des gardes; LES CHEVALIERS, LE PEUPLE, remplissent la place.
ARGIRE, à Tancrède .
Généreux inconnu, daignez me soutenir ; Cachez-moi ces objets... C'est ma fille elle-même.
TANCRÈDE
Quels moments pour tous trois !
AMÉNAÏDE
0 justice suprême i Toi qui vois le passé, le présent, l'avenir, Tu lis seule en mon cœur, toi seule es équitable ; Des profanes humains la foule impitoyable Parle et juge en aveugle, et condamne au hasard.
Chevaliers, citoyens, vous qui tous avez part Au sanguinaire arrêt porté contre ma vie, Ce n'est pas devant vous que je me justifie. Que ce ciel qui m'entend juge entre vous et moi. Organes odieux d'un jugement inique, Oui, je vous outrageais; j'ai trahi votre loi; Je l'avais en horreur, elle était tyrannique : Oui, j'offensais un père, il a forcé mes vœux; J'offensais Orbassan, qui, fier et rigoureux, Prétendait sur mon âme une injuste puissance. Citoyens, si la mort est due à mon offense, Frappez; mais écoutez, sachez tout mon malheur: Qui va répondre à Dieu parle aux hommes sans
[peur.
Et vous, mon père, et vous, témoin de mon sup- Qui ne deviez pas l'être et de qui la justice fplice,
(Apercevant Tancrède.) Aurai' pu... Ciel ! ô ciel ! qui vois-je à ses côtés?
Est-ce lui ? .