TANCREDE, ACTE IV, SCENE I
je me meurs.
(Elle tombe évanouie entre les gardes.)
TANCREDE
Ali ! ma seule présence Est pour elle un reproche! il n'importe... Arrêtez. Ministres delà mort, suspendez la vengeance; Arrêtez, citoyens, j'entreprends sa défense, Je suis son chevalier : ce père infortuné, Prêt à mourir comme elle, et non moins condamné, Daigne avouer mon bras propice à l'innocence. Que la seule valeur rende ici des arrêts ; Des dignes chevaliers c'est le plus beau partage ; Que l'on ouvre la lice, à l'honneur, au courage; Que les juges du camp fassent tous les apprêts. Toi, superbe Orbassan, c'est toi que je défie ; Viens mourir de mes mains ou m'arracher la vie; \ Tes exploits et ton nom ne sont pas sans éclat; Tu commandes ici, je veux t'en croire digne, Je jette devant toi le gage du combat.
(Il jette son gantelet sur la scène.) L'oses-tu relever?
ORRASSAX.
Ton arrogance insigne Ne mériterait pas qu'on te fit cet honneur. (Il fait signe à son écuyer de ramasser le gage de bataille.) Je le fais à moi-même; et, consultant mon cœur. Respectant ce vieillard qui daigne ici t'admet Ire, Je veux bien avec toi descendre à me commettre. Et daigner te punir de m'oscr défier.
Quel est ton rang, ton nom? ce simple bouclier Semble nous annoncer peu de marques de gloire.
TANCREDE
Peut-être il en aura des mains de la victoire. Pour mon nom, je le tais, et tel esl mon dessein;
Mais je te l'apprendrai les armes à. la main. Marchons.
ORBASSAX.
Qu'à l'instant même on ouvre la barrière; Qu'Àménaïde ici ne soit plus prisonnière Jusqu'à l'événement de ce léger combat.
Vous, sachez, compagnons, qu'en quittant la car- Je marche à votre tète et je défends l'État, [rière, D'un combat singulier la gloire est périssable; Mais servir la patrie est l'honneur véritable.
TANCREDE
Viens; et vous, chevaliers, j'espère qu'aujourd'hui L'État sera sauvé par d'autres que par lui.