SCÈNE I
SALOME, MAZAEL.
Ce nouveau coup porté, ce terrible mystère Dont vous faites instruire et la fille et la mère, Ce secret révélé, cet ordre si cruel, Est désormais le sceau d'un divorce éternel. Le roi ne croira point que, pour votre ennemie, Sa confiance en vous soit en effet trahie; ]1 n'aura plus que vous dans ses perplexités Pour adoucir les traits par vous-même portés. Vous seule aurez fait naître et le calme et l'orage: Divisez pour régner; c'est là votre partage.
SALOME.
Que sert la politique où manque le pouvoir?
Tous mes soins m'ont trahi; tout fait mon déses-
Le roi m'écrit : il veut, par sa lettre fatale, [poir.
Que sa sœur se rabaisse aux pieds de sa rivale.
J'espérais de Sohème un noble et sûr appui :
Hérode était le mien; tout me manque aujourd'hui.
Je vois crouler sur moi le fatal édifice
Que mes mains élevaient avec tant d'artifice;
Je vois qu'il est des temps où tout l'effort humain
Tombi' sous la fortune et se débat en vain,
Où la prudence échoue, où l'art nuit à soi-même:
Et je sens ce pouvoir invincible et suprême,
Qui se joue à son gré, dans les climats voisins,
De leurs sables mouvants, comme de nos destins.
Obéissez au roi, cédez à la tempête;
Sous ses coups passagers il faut courber la tète.
Le temps peut tout changer.
SALOME.
Trop vains soulagements!
Malheureuxqui n'attend son bonheur que du temps! Sur l'avenir trompeur tu veux que je m'appuie.