‹ Théâtre completChapitre 712 sur 1720 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ANTIGONE, HERMAS, dans le péristyle.

ANTIGONE

Va, je n'en doute plus et tout m'est découvert : H m'a voulu braver ; mais sois sûr qu'il se perd. Je reconnais en lui la fougueuse imprudence Qui tantôt sert les dieux et tantôt les offense ; Ce caractère ardent qui joint la passion Avec la politique et la religion :

Prompt, facile, superbe, impétueux et tendre, Prêt à se repentir, prêt à tout entreprendre. 11 épouse une esclave ! Ah ! tu peux bien penser Que l'amour à ce point ne saurait l'abaisser: Cette esclave est d'un sang que lui-même il respecte. De ses desseins cachés la trame est trop suspecte ; Il se flatte en secret qu'Olympie a des droits Qui pourront l'élever au rang de roi des rois. S'il n'était qu'un amant, il m'eût fait confidence D'un feu qui l'emportait à tant de violence. Va, tu verras bientôt succéder sans pitié Une haine implacable à sa faible amitié.

HERMAS

A son cœur égaré vous imputez peut-être [naître. Des desseins plus profonds que l'amour n'en fait Dans nos grands intérêts souvent nos actions Sont, vous le savez trop, l'effet des passions. On se déguise en vain leur pouvoir tyrannique, Le faible quelquefois passe pour politique ; Et Cassandre n'est pas le premier souverain Qui chérit une esclave et lui donna la main. J'ai vu plus d'un héros, subjugué par sa flamme, Superbe avec les rois, faible avec une femme.

ANTIGONE

Tu ne dis que trop vrai : je pèse tes raisons; Mais tout ce que j'ai vu confirme mes soupçons. Te le dirai-je enfin? les charmes d'Olympie Peut-être dans mon cœur portent la jalousie. Tu n'entrevois que trop mes sentiments secrets : L'amour se joint peut-être à ces grands intérêts ; Plus que je ne pensais leur union me blesse. Cassandre est-il le seul en proie à la faiblesse ?

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