LYMP1E, ACTE II, SCENE II
Nous pensons comme vous; mais la Divinité Exige un aveu simple et veut la vérité. Parlez... Vous frémissez!
STATIRA
Vous frémirez vous-même...
(Aux prêtres et aux prêtresses.) Vous qui servez d'un Dieu la majesté suprême, Qui partagez mon sort, à son culte attachés, Qu'entre vous et ce Dieu mes secrets soient cachés !
l'hiérophante.
Nous vous le jurons tous.
STATIRA
Avant que de m'entendre Dites-moi s'il est vrai que le cruel Cassandre Soit ici dans le rang de nos initiés?
l'hiérophante.
Oui, madame.
STATIRA
Il a vu ses forfaits expiés!...
l'hiérophante.
Hélas ! tous les humains ont besoin de clémence. Si Dieu n'ouvrait ses bras qu'à la seule innocence, Qui viendrait dans ce temple encenser les autels? Dieu fit du repentir la vertu des mortels. Ce juge paternel voit du haut de son trône La terre trop coupable, et sa bonté pardonne.
STATIRA
Eh bien ! si vous savez pour quel excès d'horreur Il demande sa grâce et craint un Dieu vengeur ; Si vous êtes instruit qu'il fit périr son maître; [tre Et quel maître, grands dieux ! si vous pouvez connai- Quel sang il répandit dans nos murs enflammés, Quand aux yeux d'Alexandre, à peine encor fermés, Ayant osé percer sa veuve gémissante, Sur le corps d'un époux il la jeta mourante; Vous serez plus surpris lorsque vous apprendrez Des secrets jusqu'ici de la terre ignorés. Cette femme élevée au comble de la gloire, Dont la Perse sanglante honore la mémoire, Veuve d'un demi-dieu, fille de Darius... Elle vous parle ici, ne l'interrogez plus. [Les prêtres et les prêtresses élèvent les mains, et s'inclinent.) l'hiérophante. [trage,
0 dieux! qu'ai-je entendu? dieux, que le crime ou- De quels coups vous frappez ceux qui sont votre ima- Statiradansce temple! Ah! souffrez qu'à genoux, [ge! Dans mes profonds respects...
STATIRA
Grand prêtre, levez-ATous.
Je ne suis plus pour vous la maîtresse du monde ; Ne respectez ici que ma douleur profonde. Des grandeurs d'ici-bas voyez quel est le sort. Ce qu'éprouva mon père au moment de sa mort, Dans Babylone en sang je l'éprouvai de même. Darius, roi des rois, privé du diadème, Fuyant dans des déserts, errant, abandonné, Par ses propres amis se vit assassiné ; Un étranger, un pauvre, un rebut de la terre, De ses derniers moments soulagea la misère.
{Montrant la prêtresse inférieure.) Voyez-vous cette femme étrangère en ma cour? Sa main, sa seule main m'a conservé le jour; Seule elle me Lira de la foule sanglante Où mes lâches amis me laissaient expirante. Elle est Éphésienne, elle guida mes pas Dans cet auguste asile, au bout de mes États. Je vis par mille mains ma dépouille arrachée, De mourants et de morts la campagne jonchée ; Les soldats d'Alexandre érigés tous en rois, Et les larcins publics appelés grands exploits. J'eus en horreur le monde et les maux qu'il enfan- Loin de lui pour jamais je m'enterrai vivante, [te, Je pleure, je l'avoue, une fille, une enfant Arrachée à mes bras sur mon corps tout sanglant. Cette étrangère ici me tient lieu de famille. J'ai perdu Darius, Alexandre, et ma fille ; Dieu seul me reste.
l'hiérophante.
Hélas! qu'il soit donc votre appui!
Du trône où vous étiez, vous montez jusqu'à lui; Son temple est votre cour : soyez-y plus heureuse Que dans cette grandeur auguste et dangereuse, Sur ce trône terrible, et par vous oublié, Devenu pour la terre un objet de pitié.
STATIRA
Ce temple quelquefois, seigneur, m'a consolée ; Mais vous devez sentir l'horreur qui m'a troublée En voyant que Cassandre y parle aux mêmes dieux Contre sa tête impie implorés par mes vœux.
l'hiérophante.
Le sacrifice est grand; je sens trop ce qu'il coûte; Mais notre loi vous parle, et votre cœur l'écoute : Vous l'avez embrassée.
STATIRA
Aurais-je pu prévoir Qu'elle dut m'imposer cet horrible devoir? Je sens que de mes jours, usés dans l'amertume, Le flambeau pâlissant s'éteint et se consume ; Et ces derniers moments que Dieu veut me donner, A quoi vont-ils servir?
l'hiérophante.
Peut-être à pardonner.
Vous-même vous avez tracé votre carrière; Marchez-y sans jamais regarder en arrière. Ces mânes, affranchis d'un corps vil et mortel, Goûtent sans passions un repos éternel.
Un nouveau jour leur luit; ce jour est sans nuage; Ils vivent pour les dieux : tel est notre partage. Une retraite heureuse amène au fond des cœurs L'oubli des ennemis et l'oubli des malheurs.
STATIRA
Il est vrai, je fus reine, et ne suis que prêtresse; Dans mon devoir affreux soutenez ma faiblesse. Que faut-il que je fasse ?
l'hiérophante.
Olympie à genoux Doit d'abord en ces lieux se jeter devant vous; C'est à vous de bénir cet illustre hyménée.