ACTE DEUXIÈME
L'HIÉROPHANTE, les prêtres, les phêtresses.
(Quoique celte scène et beaucoup d'autres se passent dans V intérieur du temple, cependant, comme les théâtres sont rarement construits d'une manière favorable à la voix, les acteurs sont obligés d'avancer dans le péristyle ; mais les trois portes du temple, ouvertes, désignent qu'on est dans le temple.)
l'hiérophante. [auguste
Quoi ! dans ces jours sacrés! quoi ! dans ce temple Où dieu pardonne au crime et console le juste, Une seule prêtresse oserait nous priver Des expiations qu'elle doit achever !
Quoi ! d'un si saint devoir Arzane se dispense?
UNE PRÊTRESSE
Arzane en sa retraite, obstinée au silence,
Arrosant de ses pleurs les images des dieux, Seigneur, vous le savez, se cache à tous les yeux; En proie à ses chagrins, de langueurs affaiblie, Elle implore la fin d'une mourante vie.
l'hiérophante.
Nous plaignons son état, mais il faut obéir; Un moment aux autels elle pourra servir. Depuis que dans ce temple elle s'est enfermée, Ce jour est le seul jour où le sort l'a nommée : Qu'on la fasse venir. La volonté du ciel Demande sa présence et l'appelle à l'autel. De guirlandes de fleurs par elle couronnée, Olympie en triomphe aux dieux sera menée. Cassandre, initié dans nos secrets divins, Sera purifié par ses augustes mains.
Tout doit être accompli. Nos rites, nos mystères, Ces ordres que les dieux ont donnés à nos pères, Ne peuvent point changer, ne sont point incertains Comme ces faibles lois qu'inventent les humains.
L'HIÉROPHANTE, prêtres, prêtresses, STATIRA.
l'hiérophante, à Statira.
Venez, vous ne pouvez, à vous-même contraire. Refuser de remplir votre saint ministère. Depuis l'instant sacré qu'en cet asile heureux Vous avez prononcé d'irrévocables vœux, Ce grand jour est le seul où Dieu vous a choisie Pour annoncer ses lois aux vainqueurs de l'Asie. Soyez digne du Dieu que vous représentez. STATIRA, couverte a" un voile qui accompagne son visage
sans le cacher, et vêtue comme les antres prétresses. 0 ciel! après quinze ans qu'en ces murs écartés, Dans l'ombre du silence, au monde inaccessible, J'avais enseveli ma destinée horrible, Pourquoi me tires-tu de mon obscurité?
Tu veux me rendre au jour, à la calamité...
(A l'hiérophante.) Ah ! seigneur, en ces lieux lorsque je suis venue, C'était pour y pleurer, pour mourir inconnue, Vous le savez.
l'hiérophante.
Le ciel vous prescrit d'autres lois ; Et quand vous présidez pour la première fois Aux pompes de l'hymen, à notre grand mystère, Votre nom, votre rang, ne peuvent plus se taire; Il faut parler.
STATIRA
Seigneur, qu'importe qui je sois?
Le sang le plus abject, le sang des plus grands rois, Ne sont-ils pas égaux devant l'être suprême? On est connu de lui bien plus que de soi-même. De grands noms autrefois avaient pu me flatter; Dans la nuit de la tombe il les faut emporter. Laissez-moi pour jamais en perdre la mémoire.
l'hiérophante.
Nous renonçons sans doute à l'orgueil, à la gloire,