‹ Théâtre completChapitre 741 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ANTIGONE, HERMAS, dans le péristyle.

hermas.

La pitié doit parler et la vengeance est vaine; Un rival malheureux n'est pas digne de haine. Fuyez ce lieu funeste : Olympie aujourd'hui, Seigneur, sera perdue et pour vous et pour lui.

Quoi ! Statira n'est plus !

hermas.

C'est le sort de Cassandre D'être toujours funeste au grand nom d'Alexandre :

Slatira, succombant au poids de sa douleur, Dans les bras de sa fille expire avec horreur; La sensible Olympie, à ses pieds étendue, Semble exhaler son àme à peine retenue. Les ministres des dieux, les prêtresses en pleurs, En mêlant leurs regrets, accroissent leurs douleurs. Cassandre épouvanté sent toutes leurs atteintes; Le temple retentit de sanglots et de plaintes : On prépare un bûcher, et ces vains ornements Qui rappellent la mort aux regards des vivants. On prétend qu'Olympie, en ce lieu solitaire, Habitera l'asile où s'enfermait sa mère; [jours, Qu'au monde, à l'hyménée, arrachant ses beaux Elle consacre aux dieux leur déplorable cours; Et qu'elle doit pleurer dans l'éternel silence Sa famille, sa mère et jusqu'à sa naissance.

ANTIGONE

Non, non; de son devoir elle suivra les lois. J'ai sur elle à la fin d'irrévocables droits; Statira me la donne, et ses ordres suprêmes Au moment du trépas sont les lois des dieux mêmes. Ce forcené Cassandre et sa funeste ardeur Au sang de Statira font une juste horreur.

hermas.

Seigneur, le croyez-vous?

ANTIGONE

Elle-même déclare Que son cœur désolé renonce à ce barbare. S'il ose encor l'aimer, j'ai promis son trépas : Je tiendrai ma parole et tu n'en doutes pas.

hermas. [dre,

Mêleriez-vous du sang aux pleurs qu'on voit répan- Aux flammes du bûcher, à cette auguste cendre? Frappés d'un saint respect, sachez que vos soldats Reculeront d'horreur et ne vous suivront pas.

antigone.

Non, je ne puis troubler la pompe funéraire; J'en ai fait le serment; Cassandre la révère. Je sais qu'il est des lois qu'il me faut respecter Que pour gagner le peuple il le faut imiter : Vengeur de Statira, protecteur d'Olympie, Je dois ici l'exemple au feste de l'Asie. Tout parle en ma faveur, et mes coups différés En auront plus de force et sont plus assurés.

(Le temple s'ouvre.)

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