‹ Théâtre completChapitre 745 sur 1720 · V, SCENE III · texte numérisé non relu

V, SCENE III

Est horrible à mon cœur et doit déplaire au vôtre. Je ne veux point trahir ces mânes courroucés; J'abandonne un époux... c'est obéir assez. Laissez-moi fuir l'hymen, et l'amour, et le trône.

l'hiérophante.

Il faut suivre Cassandre ou choisir Antigone : Ces deux héros armés, si fiers et si jaloux, Sont forcés maintenant à s'en remettre à vous. Vous préviendrez d'un mot le trouble et le carnage Dont nos yeux reverraient l'épouvantable image, Sans le respect profond qu'inspirent aux mortels Cet appareil de mort, ce bûcher, ces autels, Et ces derniers devoirs et ces honneurs suprêmes, Qui les font pour un temps rentrer tous en eux-mê- La piété se lasse, et surtout chez les grands, [mes. J'ai du sang avec peine arrêté les torrents ; Mais ce sang, dès demain, va couler dans Éphèse; Décidez-vous, princesse, et le peuple s'apaise. Ce peuple, qui toujours est du parti des lois, Quand vous aurez parlé, soutiendra votre choix : Sinon, le fer en main, dans ce temple, à ma vue, Cassandre, en réclamant la foi qu'il a reçue, D'un bien qu'il possédait a droit de s'emparer, Malgré la juste horreur qu'il vous semble inspirer.

OLYMPIE

Il suffit : je conçois vos raisons et vos craintes; Je ne m'emporte plus en d'inutiles plaintes. Je subis mon destin; vous voyez sa rigueur; Il me faut faire un choix... il est fait dans mon Je suis déterminée. [cœur;

l'hiérophante.

Ainsi donc d'Antigone Vous acceptez les vœux et la main qu'il vous donne?

OLYMPIE

Seigneur, quoi qu'il en soit, peut-être ce moment N'est point fait pour conclure un tel engagement. Vous-même l'avouez ; et cette heure dernière, Où ma mère a vécu, doit m'occuper entière... Au bûcher qui l'attend vous allez la porter ?

l'hiérophante.

De ces tristes devoirs il faut nous acquitter : Une urne contiendra sa dépouille mortelle; Vous la recueillerez.

olympie.

Sa fille criminelle A causé son trépas... Cette fille du moins A ses mânes vengeurs doit encor quelques soins.

Je vais tout préparer.

Par vos lois que j'ignore, Sur ce lit embrasé puis-je la voir encore? Du funèbre appareil pourrai-je m'approcher ? Pourrai-je de mes pleurs arroser son bûcher?

l'hiérophante.

Hélas! vous le devez ; nous partageons vos larmes. Vous n 'avez rien à craindre; et ces rivaux en armes Ne pourront point troubler ces devoirs douloureux. Présentez des parfums, vos voiles, vos cheveux,

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