‹ Théâtre completChapitre 752 sur 1720 · FULVIE, ALBINE · texte numérisé non relu

FULVIE, ALBINE

FULVIE

Quelle effroyable nuit! Que le courroux céleste Éclate avec justice en cette île funeste!

ALBINE

Ces tremblements soudains, ces rochers renversés, Ces volcans infernaux jusqu'au ciel élancés, Ce tleuve soulevé roulant sur nous son onde, Ont fait craindre aux humains les derniers jours du La foudre a dévoré ce détestable airain, [monde. Ces tables de vengeance où le fatal burin Épouvantait nos yeux d'une liste de crimes, De l'ordre du carnage et des noms des victimes. Vous voyez, en effet, que nos proscriptions Sont en horreur au ciel ainsi qu'aux nations.

FULVIE

Tombe sur nos tyrans cette foudre égarée, Qui, frappant vainement une terre abhorrée, A détruit dans les mains de nos maîtres cruels Les instruments du crime et non les criminels! Je voudrais avoir vu cette île anéantie Avec l'indigne affront dont on couvre Fulvie. Que font nos trois tyrans dans ce désordre affreux? Quelques remords au moins ont-ils approché d'eux?

ALBINE

Dans cette île tremblante aux éclats du tonnerre, Tranquilles dans leur tente ils partageaient la terre ; Du sénat et du peuple ils ont réglé le sort, Et dans Rome sanglante ils envoyaient la mort.

FULVIE

Antoine me la donne, ô jour d'ignominie! Il me quitte, il me chasse, il épouse Octavie;

D'un divorce odieux j'attends l'infâme écrit; Je suis répudiée, et c'est moi qu'on proscrit.

ALBINE

Il nous brave à ce point ! il nous fait cette injure!

FULVIE

L'assassin des Romains craint-il d'être parjure? Je l'ai trop bien servi : tout barbare est ingrat. Il prétexte envers moi l'intérêt de l'État ; Mais ce grand intérêt n'est que celui d'un traître, Qui, ménageant Octave, en est trompé peut-être.

ALBINE

Octave vous aima : se peut-il qu'aujourd'hui Vos malheurs, vos affronts, ne viennent que de lui?

FULVIE

Qui peut connaître Octave? et que son caractère Est différent en tout du grand cœur de son père ! Je l'ai vu, dans l'erreur de ses égarements, Passer Antoine même en ses emportements; Je l'ai vu des plaisirs chercher la folle ivresse, Je l'ai vu des Catons affecter la sagesse. Après m'avoir offert un criminel amour, Ce Protée à ma chaîne échappa sans retour. Tantôt il est affable, et tantôt sanguinaiiv : Il adore Julie, il a proscrit son père: Il hait, il craint Antoine et lui donne sa sœur : Antoine est forcené, mais Octave est trompeur. Ce sont là les héros qui gouvernent la terre. Ils font, en se jouant, et la paix et la guerre; Du sein des voluptés ils nous donnent des fers. A quels maîtres, grands dieux, livrez-vous l'uni ver- ! Albine, les lions, au sortir des carnages, Suivent, en rugissant, leurs compagnes sauvages; Les tigres font l'amour avec férocité:

Tels sont nos triumvirs. Antoine ensanglanté Prépare de l'hymen la détestable fête.

Octave a de Julie entrepris la conquête; Et dans ce jour de sang, de tristesse et d'horreur, L'amour de tous côtés se mêle à la fureur. Julie abhorre Octave; elle n'est occupée Que de livrer son cœur au fils du grand Pompée. Si Pompée est écrit sur ce livre fatal, Octave en l'immolant frappe en lui son rival.

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